xtrait vidéo de rap de Jérémie Louis-Sidney, tué samedi à Strasbourg par la police, dans laquelle il affirme que le 11-septembre
xtrait vidéo de rap de Jérémie Louis-Sidney, tué samedi à Strasbourg par la police, dans laquelle il affirme que le 11-septembre © Radio France

Le 19 septembre 2012, une grenade était lancée dans une épicerie juive de Sarcelles. Elle ne fera qu’un blessé léger, mais l'affaire contient les germes de la menace terroriste actuelle. Vingt hommes sont renvoyés devant la cour d'assises spéciale.

La grenade de Sarcelles va vite parler : un certain Jérémie Louis-Sidney y a laissé son ADN. A Torcy, en seine et marne, il attire des jeunes radicalisés et désoeuvrés. Certains sont nés dans la misère, un autre dans une famille aisée du 8ème arrondissement de Paris, il s’est converti sur internet. Leurs parents sont parfois chrétiens, bouddhistes ou juifs, souligne le juge d'instruction. Le groupe fréquente une mosquée salafiste de Torcy, où l’imam fustige l’école de la république, lui qui est prof de maths dans l'Education nationale.

"recette de cocotte" au mixeur

A l’été 2012, Louis-Sidney emmène quelques amis en camping-car sur la Côte d’Azur. Il se gare devant la mosquée Al Madina de Cannes, où il ne tarde pas à se faire remarquer, à prêcher dans la rue entre deux baignades. Le recteur local n’apprécie guère ce « parasite », ignorant et arrogant, qui vient mendier à manger à la mosquée, et perturbe ses animations, comme une réunion interreligieuse baptisée « vivre ensemble à Cannes ». Les Parisiens mettent le coran à fond dans le camion, et insultent les passants mécréants.

Ils se font de nouveaux amis, avec qui ils se mettent à parler de djihad. Ils vont acheter des armes dans les quartiers nord de Marseille, et font d'étranges repérages près du camp militaire de Draguignan et de la base aéronautique de Fréjus. Jérémie Louis-Sidney s’entraîne à fabriquer une bombe, en mélangeant du salpêtre dans un mixeur de cuisine. Il a trouvé la recette de « la cocotte » sur internet (les premiers essais sur terrain vague échouent). Le groupe se finance par des braquages, partant du principe qu’il est permis de voler des mécréants.

En septembre, une partie remonte sur Paris. Ils ont volé une Alfa Roméo, qui va conduire les terroristes à Sarcelles, et qui aidera à retrouver le lieutenant de Louis-Sidney (Jérémie Bailly s’est gravement brûlé en incendiant la voiture pour effacer leurs traces). Leur première cible sera l'épicerie de Sarcelle (jour de la publication de nouvelles caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo), mais les enquêteurs sont convaincus qu'ils n’allaient pas en rester là. Le 6 octobre, ils lancent les interpellations. Louis-Sidney est abattu à Strasbourg après avoir ouvert le feu sur les policiers. A Torcy les enquêteurs découvrent un garage, qualifié de « box conspiratif », avec des armes et de quoi faire des bombes artisanales. En perquisition ils trouvent aussi une liste de lieux juifs pouvant être des cibles. Un membre du groupe raconte qu’au moment de la publication des premières caricatures de Mahomet, Jérémie Louis-Sidney avait eu l’idée de tuer « tous les buralistes qui vendaient ce journal ». A eux deux, ils s’étaient contentés de braquer un tabac de Torcy, « en lui disant de ne pas vendre Charlie ».

Plus tard, on découvrira dans la cellule d’un des mis en examen une lettre, attribuée à Jérémy Bailly, où il suggère de prendre en otage un juge anti-terroriste, « après tu fais une vidéo t’envoies à bfmtv ».

"Le gang de Cannes" en Syrie

Le dossier entre en résonnance avec les attentats de 2015. D ans l’entourage de Jérémie Louis-Sidney, quatre jeunes vont partir faire le djihad en Syrie. Ils laissent derrière eux une sorte de testament, puis vont revenir, possiblement pour commettre des attentats en France.

C’est l’époque des premiers départs : à l’automne 2012, le groupe Etat islamique, qu’ils rejoindront ensuite, n’existe pas encore en Syrie. Là-bas on les appelle « le gang de Cannes » racontent-ils au téléphone. Il y a des conversations hallucinantes sur le sang des martyrs qui se transformerait en musc, « les anges combattent avec nous » assure un djihadiste.

Deux en particulier sont rentrés au bout de 16 mois en zone de combat. Un est interpelé à la frontière italienne. Un autre est contrôlé en Grèce, près de la frontière turque, relâché, puis finalement arrêté à Nice en février 2014, avec des armes et de petits explosifs, du même type de ceux qui ont servi le 13 novembre à Paris.

Deux jours plus tard, sa mère reçoit un appel de Syrie : un inconnu veut savoir où est passé son fils, car il a été envoyé « en mission ». Sa tablette électronique montre qu’il a fait des recherches sur Charlie Hebdo, sur des associations juives et des sites militaires.

Aujourd'hui, vingt hommes sont renvoyés pour être jugés devant la cour d’assises spéciale de Paris. Deux manquent à l’appel, partis en Syrie, dont un l’année dernière en violant son contrôle judiciaire.

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