Hôpital Necker
Hôpital Necker © andrielly

Devant les Assises à Versailles, un couple comparait pour avoir maltraité leur fillette adoptive pendant trois ans. Une affaire particulière à double titre.

D’abord parce qu’au départ, les médecins n'ont pas immédiatement détecté des mauvais traitements, ils ont pensé à une maladie orpheline.

Ensuite, parce qu’à aucun moment, les parents ne reconnaissent avoir fait du mal à leur enfant. Aujourd'hui encore, devant la Cour, ils rejettent avec force toute accusation.

Ils ne sont pas assis à côté l'un de l'autre, un banc les sépare. Mais qu'importe, Malika et Pascal forment un couple soudé, ils ont même érigé un mur de certitudes : ils sont innocents et n'ont jamais porté la main sur cette petite fille que nous appellerons Mélissa.

Abandonnée à la naissance, adoptée par le couple à l'âge de trois mois, elle est leur second enfant. Un garçon est né de leur union, deux ans plus tôt. Mais après cette naissance, tous les deux voulaient adopter pour offrir une vie meilleure à d'autres.

Pascal envisageait même douze adoptions, lui qui n'a pas hésité à quitter, dit-il, « une vie professionnelle accomplie » et qui, aujourd'hui, a monté une entreprise d'aliments naturels pour poissons d'aquarium. Pour lui, l'essentiel est ailleurs. Ses études d'ingénieur, son master à HEC, tout cela, il l’a décroché avec facilité. « J'ai une certaine forme d'intelligence », explique Pascal, « je ne les ai pas toutes ». « Vous êtes un peu prétentieux ? », interroge le président de la Cour d'Assises. « Non, non », répond avec aplomb le quadragénaire. « Présomptueux, peut-être idéaliste sans doute, mais là où je passe, j'essaie de faire en sorte que les gens se félicitent de m'avoir croisé », assène-t-il tranquillement.

A l'opposé, Malika offre le visage d'une épouse en apparence plus effacée, admirative de ce mari si brillant. Issue d'un milieu plus modeste, elle n'a pas pu suivre d'études supérieures. En revanche, elle a réussi à devenir assistante scolaire. « Quand je suis avec les enfants, je me sens bien » explique-t-elle avec un grand sourire. « Je ne pense à rien, c'est un monde à part ».

  • Difficile d'imaginer que ce couple presque parfait puisse être tortionnaire

C'est l'énigme de ce procès. La fillette est allée régulièrement chez le généraliste, le pédiatre. Et pourtant, jusqu'en juillet 2007, le corps médical n'a pas soupçonné une telle maltraitance.

Le mari, Pascal, était tenu à l'écart de l'éducation de Mélissa. Il n'a rien vu, pas plus que les grands parents ou les oncles et tantes.

Mais après quatre hospitalisations en deux mois à Paris et une batterie d'examens, les spécialistes n'ont plus eu de doute : il ne s'agit pas d'une pathologie génétique ou rare pour expliquer les multiples blessures, fractures, les oreilles en chou fleur comme celles d'un joueur de rugby, et enfin la cécité complète d'un œil chez Mélissa.

Et le défi, pour la Cour d'Assises, sera là. Car même en face des experts, Malika et Pascal réfutent leurs conclusions. Aujourd'hui, Mélissa, séparée de ses parents depuis 2007, va bien et ne souffre d'aucun symptôme. Le verdict est attendu le 31 mai.

Une chronique deNathalie Hernandez

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