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Secret © flickr / CC / val.pearl

Devinette : qu'ont en commun Michel Neyret, Dominique Strauss-Kahn, Frank Ribéry, Jeannie Longo, Bernard Squarcini ou encore Jean-Nöel Guérini ?

Cela ne concerne pas la prostitution, puisque seuls DSK et Ribéry y auraient recours, mais pas les autres à priori. Cela ne concerne pas les écoutes, puisque seuls Michel Neyret et Jean Noël Guérini ont été écoutés et Bernard Squarcini serait plutôt un écouteur.

Non, ce qui les réunit tous, c'est qu'ils ont, en personne ou via leur avocat, claironné leur intention de porter plainte pour violation du secret de l'instruction, c’est-à-dire : « l’enquête qui me vise est secrète, vous n’avez pas à la rendre publique ». Et c'est à se demander s'il n'y a pas là une nouvelle mode judiciaire. Exemples.

La presse annonce que Michel Neyret avait la drôle d'habitude, pour un flic, de piloter des voitures de sport, de partir en voyage, le tout au frais de truands ? Violation du secret de l'instruction.

Un livre raconte que Franck Ribéry aime les passes avec Zahia, une prostituée mineure, autant qu'avec le ballon ? Violation du secret de l'instruction.

Un journal affirme que Jean-Nöel Guérini a une fâcheuse tendance à privilégier l'entreprise de son frère dans la passation de marchés publics par le Conseil général des Bouches-du-Rhône ? Violation du secret de l'instruction.

Et là, je ne vous parle que des deux derniers mois !

En fait, depuis deux ans, toute mise en cause publique, c'est-à-dire dans une affaire un minimum médiatique, s'accompagne quasi systématiquement de l'annonce d'une plainte pour violation du secret de l'instruction.

Je parle d’annonce et pas de plainte parce que souvent -c'est la beauté de la chose- la plainte pour violation du secret de l’instruction n'est jamais déposée.

Alors à quoi cela sert ? A dire « je ne me laisse pas faire, je ne suis pas celui qui vous est présenté par les médias, on m'accable et je ne peux me défendre autrement ». C'est vrai que souvent, face à une avalanche de petites ou grandes révélations, dues -c'est mathématique- à la multiplication des sources d'information, c'est le seul moyen pour les personnes visées d'exister et de se faire entendre.

Exemple : l'affaire du Carlton de Lille. DSK assiste au déballage de ses virées partouzardes, mais ne peut se défendre sur le fond, puisqu'il ne sait même pas sur quoi la police l'interrogera une fois qu'elle l'aura convoqué. Du coup, le seul moyen de se faire entendre, c'est d'annoncer la plainte pour violation du secret de l’instruction.

Admettons que la plainte soit réellement déposée : si la procédure aboutit à un procès, cela arrivera devant un tribunal 10 à 18 mois plus tard et tout le monde a oublié ou s'en fichera à ce moment-là. Et s'il y a condamnation, c'est le plus souvent à payer un euro symbolique. Autrement dit, tout l'effet est dans l'annonce de la plainte pour violation du secret de l’instruction, pas dans le résultat.

On peut même remplacer l'expression « violation du secret de l'instruction » par « dénonciation calomnieuse » : c'est la même histoire, le même passage obligé face à une mise en cause publique.

Une chronique deFranck Cognard

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