Retour sur le procès en appel d’Abdelkader Merah, condamné à 30 ans de réclusion criminelle, notamment pour complicité des assassinats commis par son frère Mohamed. A l'issue de ces 4 semaines d’audience, pour les parties civiles, c’est une nouvelle période délicate qui s’ouvre : celle de l’après procès.

Abdelkader Merah pendant son procès en appel
Abdelkader Merah pendant son procès en appel © AFP / BENOIT PEYRUCQ

Il y avait quelque chose de très touchant à voir se côtoyer, sur les bancs de la cour d'assises de Paris, Samuel Sandler, grand-père et père de victimes de l’école juive Ozar Hatorah, et les mamans des militaires Mohamed Legouad et Imad Ibn Ziaten, avec leurs foulards colorés. Les voir se saluer, s'embrasser, se réconforter dans les moments les plus difficiles. D'ailleurs Radia Legouad, la sœur de Mohamed Chems Legouad, tué le 15 mars 2012 à Montauban, dit "nous" quand elle parle des parties civiles. Ce moment du procès, elle avait pourtant hâte qu’il se termine.  

"Le chapitre judiciaire est à double tranchant. On en a besoin, ça fait revivre un peu nos enfants, nos frères... D'un autre côté, c'est destructeur parce qu'on est toujours en train de ressasser la douleur. Dans mon cas, ça a rajouté de la souffrance à la douleur, donc j'avais hâte que ça se termine, parce qu'au bout de 7 ans, il faudrait que la vie reprenne ses droits.

Mais ce n’est pas facile de tourner cette page. La fin du procès referme la porte du deuil collectif, et ouvre celle du deuil intime, loin des médias, des juges, de "la France qui nous regarde", comme l’a rappelé l’avocat général. Et cela peut générer un sentiment de vide, explique Carole Damiani, psychologue et responsable de l’association Paris aide aux victimes, qui a accompagné les parties civiles tout au long des deux procès.

Ce que l'on observe généralement chez les parties civiles après un tel procès, c'est une phase quasi dépressive

"Il y avait des attentes, elles ne pourront pas toutes être réalisées; il faut faire le deuil de choses qui n'adviendront jamais, d'une vérité qui n'est pas si simple à obtenir" explique Carole Damiani. "Il faut leur laisser le temps. C'est un temps, souvent, qui est triste, mais aussi d'élaboration : qu'est ce que je fais de ma haine, qu'est ce que je fais de ma colère, qu'est ce que je fais du combat qui m'a soutenu jusque là? Pour certains, ce deuxième procès peut avoir un effet heureux de suture. C'est à dire qu'à partir de maintenant, je peux m'autoriser à penser à autre chose, à faire autre chose."

Radia Legouad sait qu’il lui reste du chemin à parcourir. Elle ne veut pas rester enfermée à vie dans le statut de victime de Mohamed Merah. Ces deux procès, même douloureux, étaient une étape indispensable dans sa reconstruction. "Ça nous a pris 5 ans juste de pouvoir se relever, juste de pouvoir parler de Chems. 5 ans, pour pouvoir mettre enfin les mots, et dire qu'on ne peut pas seulement parler de Mohamed Merah, et ne pas parler de Mohamed Legouad. Pour la famille, ça a été très très difficile. On a hâte de retrouver une forme de sérénité."

Aujourd'hui, elle voudrait faire quelque chose de cette souffrance. Que l'histoire de Chems puisse servir, pour favoriser la tolérance entre les religions, pour apporter un espoir… Elle ne sait pas encore précisément comment. Dans ce nouveau chapitre qui s’ouvre, Radia a le temps.

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