A la cour d'assises, il est souvent le plus méchant de la bande. Revêtu de sa robe rouge et de son écharpe herminée, il surplombe les parties civiles et la défense, et attend le dernier moment pour demander aux jurés de condamner l'accusé à une lourde peine. C'est l'avocat général !

Stéphane Cantero, dans sa tenue d'avocat général, au tribunal de Rennes
Stéphane Cantero, dans sa tenue d'avocat général, au tribunal de Rennes © AFP / JEAN-SEBASTIEN EVRARD

"Souvent dans les fictions, on voit un sadique vociférant qui a un plaisir particulier a tenter de faire condamner des innocents qu'heureusement les avocats de la défense vont tirer d'affaire", sourit Stéphane Cantero, qui se défend d'être un méchant. "Nous n'avons qu'un seul mandat : défendre les intérêts de la société. Et la société démocratique n'a pas intérêt à l'erreur judiciaire : laisser un crime impuni et, bien plus grave, condamner un innocent." Stéphane Cantero requiert depuis 10 ans dans les cours d'assises de Bretagne. Il a 140 procès au compteur. Et sur ces 140 procès, il a requis 11 fois l'acquittement, soit par conviction, soit au bénéfice du doute, "ce qui est au-dessus des statistiques de mes collègues" relève l'avocat général. 

Donc, s'il n'est pas méchant, l'avocat général doit forcément être un personnage lugubre, il doit passer son temps à chercher des preuves contre tout le monde, sur tout et n'importe quoi. "Pas du tout", m'assure Stéphane Cantero, qui tous les soirs, lâche son code pénal pour composer sur ses claviers et ses synthés. Car à la scène, Stéphane Cantero devient Gurou Sissoum dans les Blue Cees, groupe électro amateur, qui a profité du déconfinement de l'été dernier pour se produire sur la scène de la guinguette du MeM, sur les bords de la Vilaine à Rennes. 

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Mais l'inspiration de Stéphane Cantero se décline également avec les mots. L'an dernier, pour tuer l'ennui du premier confinement, il s'est mis à composer des nano-fictions, des courtes nouvelles qu'il envoyait à son groupe d'amis sur Facebook. Et ces derniers l'ont convaincu de publier ces petites histoires inspirées de ses aventures de la vie quotidienne, et parfois, de la vie professionnelle.  

Prendre aux mots. Les juges en avaient eu marre d'entendre en permanence que la justice c'était la loterie. Alors ils avaient exigé qu'on les remplace par une machine à sous. Le justiciable mettait une pièce, abaissait la manette et la décision tombait, au hasard. Les machines étaient toujours vérifiées par les huissiers des chaînes de télévision qui diffusaient en permanence les affaires. Tout le monde devait être assuré qu'il n'y avait aucune triche. L'absence de motif et de raisonnement devait être totale. Plus personne ne trouvait alors à critiquer. Et les juges étaient soulagés d'avoir moins de travail. 

On récapitule : Stéphane Cantero aux assises dans le rôle du pas-toujours-méchant avocat général, Stéphane Cantero et ses "Pico-romans" publiés aux éditions Hedna, Stéphane Cantero et les Blue Sees qui se produiront au printemps, si tout va bien, au Bono, à la semaine du Golfe du Morbihan, le 14 mai. Y aurait-il derrière tout cela un parfum de reconversion ? "C'est trop tard pour devenir une rock star à 51 ans" tranche l'avocat général. 

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