Un procès devant la 10e chambre, au tribunal judiciaire de Paris, dans le quartier des Batignolles. Une audience comme il y en a tous les jours. Si ce n'est que ce jour là, le prévenu n'est pas tout à fait un citoyen ordinaire.

Le rappeur Moha La Squale était jugé pour outrage et rébellion.
Le rappeur Moha La Squale était jugé pour outrage et rébellion. © Capture d'écran YouTube

Aujourd'hui, on grimpe au quatrième étage du tribunal judiciaire de Paris. Dans une petite salle : une audience à juge unique. Un rendu de délibéré, tout d'abord et sur les bancs du public, un jeune homme qui vient de s'asseoir en attendant d'être jugé. Il s'appelle Mohamed Bellahmed. Ça ne vous dit rien ? Moha La Squale, de son nom d'artiste. Toujours rien ? Et bien c'est ça :

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Rodéo à moto-cross

Moha La Squale est un jeune homme de 26 ans, jogging noir, sweat à capuche gris, un visage qu'on devine juvénile sous son masque noir, les cheveux longs relevés en chignon. C'est son tour d'ailleurs. Son procès pour outrage, rebellion, refus d'obtempérer démarre.

"Alors monsieur, les faits, vous les reconnaissez ?", l'interroge d'emblée la présidente. "Je reconnais à peu près tout, mais pas d'avoir insulté les policiers", répond-t-il d'une étonnante toute petite voix.  Les faits, en l'occurrence datent du 21 mai 2020 : un rodéo à moto-cross en mai 2020, rappelle la présidente. Qui lit : "Les policiers repèrent des individus sans casques et qui usent à tout va de la poignée d'accélération pour faire un maximum de bruit." 

À l'approche des forces de l'ordre, le rappeur prend la fuite, "prend des rues à contresens et roule sur des trottoirs", lit-elle encore. "Vous avez une conduite dangereuse", interroge-t-elle. "J’ai eu peur de freiner et de me prendre la voiture de police derrière. Donc j’ai accéléré", explique le prévenu. Moha La Squale s'enfuit.

"Être connu, faire du rap, ça n'excuse rien"

Il est finalement interpellé près d'un mois plus tard lors d'un banal contrôle routier. Mais qui dégénère selon les trois policiers parties civiles qui parlent de coups de coudes, de poings, d'égratignures. "Je n'ai mis aucun coup", se défend Moha La Squale à la barre. "Vous pensez que les policiers en rajoutent ?", interroge la présidente. "J’ai pas envie de dire ça. Je respecte les forces de l'ordre." Alors, la présidente fait projeter la vidéo de l'interpellation, filmée par des passants.

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"Il y a des questions ?", s'enquière ensuite la présidente. "Une, par curiosité", indique la procureure, "parce que moi je ne vous connaissais pas Monsieur... Ça veut dire quoi, Moha La Squale?" Il répond : "Moha c'est le diminutif de Mohamed. Et la Squale, c'est le surnom qu'on donnait à mon grand frère dans le quartier." 

Son frère dont on apprend qu'il est en prison. "Et Mohamed a été élevé seul par une mère lourdement handicapée", plaide son avocate, Élise Arfi. "Il a de quoi être fier de son parcours", ajoute-t-elle. "C'est quelqu'un qui part de très loin." Loin aussi, assure-t-elle, de la vision biaisée qu'en a la procureure qui a rappelé en réclamant un placement sous bracelet électronique pendant dix mois "que le fait d'être connu, de rouler dans une grosse voiture et de faire du rap, ça n'excuse rien".

"La problématique", rétorque l'avocate, "c'est la peur de la police". "Je suis désolée, mais il va falloir l'entendre. Chez certains jeunes, dans certains quartiers, quand ils voient la police, leur réflexe c'est de partir. Et c'est ce qui va se passer pour lui." Et le rappeur d'ajouter : "J'ai jamais mal parlé de la police sur les réseaux sociaux ou dans ma musique." Avant de quitter le tribunal. Décision le 15 avril.

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