Comment un avocat choisit-il de défendre un client qui nie l'évidence ? C'est une question qui se pose assez régulièrement devant les cours d'assises, quand les preuves sont accablantes mais que l'accusé s'obstine à nier jusqu'à l'absurde.

Dans le procès de l'assassinat d'Hélène Pastor et de son chauffeur qui s'est achevé mercredi à Aix-en-Provence, deux des principaux accusés, désormais condamnés à la perpétuité, ont obstinément nié leur participation aux crimes. Wojciech Janowski, le gendre d'Hélène Pastor, le commanditaire, et Samine Saïd Ahmed, l'homme qui a tiré sur les deux victimes. Contre Saïd Ahmed, les enquêteurs avaient accumulé les preuves : la vidéo surveillance, la téléphonie, et même une trace d'ADN. Et pourtant, à l'audience, le jeune homme a indiqué que s'il est bien allé à Nice le jour des faits, c'était pour rencontrer un ami dont il ne peut pas dire le nom, si on le voit en compagnie de celui qui a tenu le rôle de guetteur, c'est par hasard, quand à la trace d'ADN compromettante, "je ne sais pas comment elle s'est retrouvée là" a expliqué l'accusé.   

Je ne sais pas faire de la magie

Au moment de plaider, l'avocat fait savoir aux jurés que lui non plus ne croit pas son client. Et il s'engage dans une sorte de rupture afin de gagner la confiance des jurés en espérant ainsi adoucir la peine qui sera prononcée. Maître Denis Fayolle évoque ainsi "un homme qui a tourné le dos à la raison", il dit qu'une défense "ne se résume pas à la parole d'un accusé", qu'un accusé "a le droit de mentir", qu'il y a "d'innombrables raison de ne pas dire la vérité". "Mais je ne sais pas faire de la magie" concède l'avocat. Certes, il va suggérer à la cour d'assises d'imaginer que son client serait innocent, que ça puisse ne pas être lui qui a tiré, qu'il ait pu dire non au dernier moment, qu'il y ait eu un troisième homme. "Vous allez me dire : mais qui serait ce troisième homme, oui, je sais, ça parait invraisemblable" s'auto corrige Maître Fayolle, mais "je défends un homme qui a une position jusqu'auboutiste", comme pour s'excuser. Il conclura sur le comportement exemplaire de son client qui poursuit des études en prison. "Apprendre, c'est être libre, il n'a pas fini d'apprendre mais il est sur le bon chemin" se rassoit l'avocat. 

Je l'aime comme mon frère

Et les défenseurs de Janowski se sont eux aussi livrés au même exercice d'équilibriste. On a beaucoup parlé de la plaidoirie émouvante d'Eric Dupond Moretti, mais l'autre avocat de Janowski a choisi de plaider comme dans un miroir. Maître Luc Febbraro a justement expliqué son statut d'avocat de l'impossible, "je suis comme un médecin face à un patient qui refuse les soins, bien sûr qu'un avocat rêve de ne défendre que des innocents injustement poursuivis". Puis, en montrant le box, "je ne suis pas sûr de l'avoir aimé avant son procès, je ne suis pas sûr de l'aimer après, mais pendant, je l'aime comme mon frère". On pourrait dire que ces plaidoiries ne servent à rien puisque les deux hommes ont pris "perpet". Mais elles donnent au procès tout le sens de la justice des hommes, redonner aux pires d'entre nous quelques traits d'humanité avant de les exclure pour toujours de notre société.

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