Retour sur le procès dit du Carlton que Sara Ghibaudo a suivi à Lille depuis trois semaines, non pas sur le fond du dossier, mais sur des choses vues et entendues à Lille.

D’abord sur le personnage principal de ce procès : Dominique Strauss-Kahn, plutôt détendu.

dsk "pivot central" de l'affaire du carlton pour les juges
dsk "pivot central" de l'affaire du carlton pour les juges © reuters

Il arrive concentré, puis il se détend au fil des jours et finit par plaisanter à la fin de son interrogatoire. Aux suspensions d’audience, il lui arrive de bavarder un moment avec le public ou des journalistes. On l’a vu dédicacer le Code pénal d’un étudiant en droit et demander à une dessinatrice de lui donner quelques croquis en souvenirs de ce procès. Certaines chaînes de radio et télévision ont suivi la voiture de DSK pour localiser son hôtel, ont dépêché des reporters sur place pour filmer ses sorties. Certains ont même pris une chambre pour tenter de l’approcher, en vain. Sa communication reste hyper verrouillée : pas d’interview. Ses avocats aussi ont gardé le silence, jusqu’à cette courte déclaration de Me Henri Leclerc après les plaidoiries. Par égard pour le pénaliste qui porte la robe depuis soixante ans, les cameramen s’étaient organisés pour qu’il n’y ait pas de bousculade.

En face, les témoignages qui ont marqué ce procès sont ceux des anciennes prostituées parties civiles.

« Avec Jade, on est entrées dans les bars à filles de Dodo la Saumure ». Dans la misère de ces femmes, mères de famille souvent c’était son cas. Et il y a eu cette explication sur ses débuts. Jade est en instance de divorce, elle dit : « je savais qu’il y aurait une enquête sociale, j’ai ouvert le frigo et ce frigo était vide ». Reprise partout, cette phrase a ému ou choqué.

Bernard Lemettre, le président lillois du mouvement du Nid , le reconnaît : le chemin qui mène à la prostitution est plus complexe. Il passe par la nécessité économique, et souvent par des choses plus douloureuses comme des abus sexuels :

« Elle n’a pas tout dit et ne peut pas tout dire (...) jamais personne n’arrive à la prostitution sans une terrible histoire d’enfance ou d’adolescence. Il y a toujours quelque chose qui s’est passé avant »

Pendant le procès, Jade a accordé un certain nombre d’interviews à la condition qu’elle ne soit pas identifiable - elle avait demandé le huis clos au tribunal. Les demandes d’entretien sont filtrées par son avocat, on peut le comprendre, mais c’est un peu étrange ces enquêtes de moralité qu’il prétendait faire sur les médias demandeurs avant de faire signer à certains journalistes un contrat d’engagement à ne pas divulguer son nom, sous peine de payer 200 000 euros. A l’issue des plaidoiries, Jade et trois autres femmes parties civiles n’ont demandé toutefois qu’un euro symbolique de dommages et intérêts aux prévenus qui seraient condamnés.

Un procès très coûteux.

Le ministère de la Justice a débloqué une enveloppe de 90 000 euros qui ne seront sans doute pas totalement dépensés. De quoi équiper la salle de nouveaux micros et assurer la retransmission dans la salle de presse. Près de 270 journalistes se sont relayés sur ces trois semaines pour ce procès. La sécurité était assurée par des réservistes - Vigipirate oblige, les forces de l’ordre étaient déjà surchargées.

On a entendu des citations assez crues pendant les débats, mais aussi et des références plus littéraires pendant les plaidoiries. Peut-être pour compenser, Emmanuel Daoud a déclamé la Muse vénale de Baudelaire, Gilles Maton cite Oscar Wilde, Alice Cohen-Saban et Eric Dupond-Moretti préfèrent Goldman et Brassens.

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