Ecoute téléphonique
Ecoute téléphonique © Ol.v!er

Ber nard Squarcini, le patron du renseignement intérieur français, a annoncé qu’il allait porter plainte contre trois confrères journalistes au Point et au Canard Enchainé , qui viennent de publier une enquête sans concession sur lui et son service.

Nom : Squarcini. Prénom : Bernard. Surnom : le Squale. Profession : directeur du renseignement intérieur, ou, comme le détaillent trois journalistes dans leur livre sorti hier : L'Espion du Président .

Olivia Recasens, Christophe Labbé et Didier Hassoux ont travaillé un an, dans des conditions sur lesquelles on reviendra plus tard, sur le patron de la DCRI.Et pour résumer, il faut citer une phrase, prononcée par un policier : « J'ai perdu toutes mes illusions. La DCRI n'est pas une direction du renseignement intérieur, mais une agence de renseignements au service de l'Elysée ».

La proximité entre Squarcini et Sarkozy remonte à la traque d'Yvan Colonna. Depuis, Bernard Squarcini aurait donc mis à la disposition de l'Elysée les énormes moyens humains et techniques de son service, sans parler de l'histoire des fadettes de l'affaire Bettencourt, pour laquelle le Squale est mis en examen. Les auteurs démontent les interventions de la DCRI dans des affaires judiciaires en cours ou dans des affaires privées, comme au temps de la séparation de Nicolas et Cécilia Sarkozy.

- Cette dérive a été rendue possible parce que Bernard Squarcini a créé un service à sa main...

Bernard Squarcini, qui a fait toute sa carrière aux RG, s’est vu confier par Nicolas Sarkozy les rênes du FBI à la française, la DCRI, née de la fusion de la DST (le contre-espionnage) et des renseignements généraux. Toujours avec beaucoup de minutie, de précisions, de détails et avec beaucoup de témoignages, les trois auteurs du livre démontent le fonctionnement, le système mis en place par Bernard Squarcini à la DCRI : le cloisonnement, la paranoïa, la méfiance, l'organisation du travail qui fait que chaque ouvrier usine sa pièce dans son coin, sans savoir à quoi va ressembler le produit manufacturé.

Ce livre est aussi le portrait d'un homme qui « ne sait pas dire non » , comme le rapportent des témoins. Bernard Squarcini ne sait pas dire non à l'Elysée, raconte un commissaire, il ne sait pas dire non à des amis corses au casier chargé, ni à des élus empêtrés dans des affaires judiciaires.

Mais la DCRI dans tout ça ? Ce service de 4000 personnes ne tournerait pas si bien que ça, sauf, peut-être, l'antiterrorisme. Mais sinon, les trois auteurs décrivent une DCRI qui ne travaille quasiment plus sur le contre-espionnage économique, qui est incapable de prendre le pouls social du pays, et qui s'est dotée d'un service clandestin : la « sous-division R », décrite ainsi par un policier : « ils sont capables de rentrer n'importe où, pour aller siphonner un ordinateur ou poser des micros ». Ce groupe n'a qu'une règle : pas vu, pas pris, le tout au service exclusif de Bernard Squarcini.

- Comment ont travaillé les auteurs du livre ?

Secrètement et difficilement. Déjà, il est compliqué de rencontrer des policiers de la DCRI qui acceptent de critiquer leur service et leur patron. Du coup, Olivia Recasens, Christophe Labbé et Didier Hassoux ont appris à déjouer les filatures, à redécouvrir les avantages des cabines téléphoniques… Il leur est arrivé de laisser leur téléphone portable chez eux, afin de ne pas prendre le risque d'être localisé, ils ont travaillé sur des ordinateurs non connectés aux réseaux... L'impression du livre s'est faite avec des délais et une chaine de fabrication réduits, afin que cette enquête reste secrète aux yeux et aux oreilles du service dont, justement, le secret est le métier.

Une chronique de Franck Cognard

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.