"Dans le prétoire" revient sur un massacre oublié : celui du village de Maillé, en Indre-et-Loire. C'était le 25 août 1944. La justice allemande vient de clôturer l'enquête.

Le procureur allemand de Dortmund dépose une gerbe devant le monument aux morts du massacre de Maillé, le 25 août 2008
Le procureur allemand de Dortmund dépose une gerbe devant le monument aux morts du massacre de Maillé, le 25 août 2008 © Maxppp / PhotoPQR

C'est un massacre oublié des livres d'histoire : celui de Maillé, en Indre-et-Loire. Le 25 août 1944, des soldats allemands tuent 124 habitants de ce village d'Indre-et-Loire, hommes, femmes, vieillards, enfants. 73 ans plus tard, la justice allemande vient de refermer l'enquête, faute d'avoir identifié des suspects encore en vie, 12 ans après l'avoir ouverte en 2005. Car contrairement à la France, où on ne peut plus poursuivre les crimes de guerre au bout de 30 ans, ils sont imprescriptibles en Allemagne. Même tardive, la procédure avait suscité de l'espoir chez les survivants et proches des victimes du massacre, qui sont aujourd'hui déçus.

Marc Morin, avocat du barreau de Tours, représente 32 parties civiles.

"La justice allemande a interrogé des soldats qui étaient supposés avoir participé au massacre de Maillé, mais aucun n'a reconnu les faits. Il n'y a pas d'ADN, les témoignages ne sont plus fiables... Et malheureusement, un éventuel procès en Allemagne ne peut reposer que sur des aveux. On pense qu'il s'agirait du 17ème bataillon de SS, qui était basé à Châtellerault. Compte tenu de la durée de vie moyenne, on estime que 10 à 15 de, ces soldats seraient toujours en vie, ils auraient au minimum 90 ans. L'idée, c'était d'avoir un visage, même vieux, d'au moins un auteur, pour expliquer ce qu'il s'est passé."

A moins d'un témoignage tardif, l'espoir d'un procès s'amenuise donc. L'avocat va tout de même déposer un recours devant le parquet général de Hamm, pour que le dossier reste ouvert.

73 ans après, des zones d'ombres subsistent encore

Contrairement à celui d'Oradour-sur-Glane, en juin 1944, le martyre du village de Maillé est resté longtemps enfoui sous une chape de plomb. Le massacre a lieu le lendemain d'une action de la résistance contre des soldats allemands : c'était une opération de représailles, en pleine débâcle allemande, le même jour que la libération de Paris. 124 personnes sont mortes, dont 48 enfants - le plus jeune avait 3 mois - et le village a été incendié.

Christiane Guitton était revenue dans son village avec sa mère, après le massacre. En 2008, elle témoignait, pour l'émission "La Fabrique de l'histoire", sur France culture.

"La plupart des personnes étaient brûlées. Ils avaient jeté des grenades incendiaires, les gens étaient méconnaissables. Il fallait reconnaître les cadavres. Ma mère avait apporté des draps pour envelopper les personnes de sa famille. Je me souviens très bien d'avoir vu tous ces morts... Après, quand on retourne à l'école, on n'a plus ses petits camarades, ses cousins... J'ai 9 membres de ma famille, et 13 du côté de mon mari, qui ont été tués ce jour-là. C'est quelque chose qu'on ne peut pas oublier, vous savez. On l'a en soi toute sa vie."

A Maillé, on avait d'abord cru pouvoir oublier : les ruines ont été rasées, le village reconstruit. Un lieutenant allemand a bien été jugé en 52, en son absence, par le tribunal de Bordeaux, mais les habitants ne l'ont su que 40 ans après. La mémoire du massacre a pourtant fini par resurgir... Trop tard, sans doute, pour le temps de la justice.

A REECOUTER : "Le massacre de Maillé en août 1944 : un autre Ouradour" - La Marche de l'histoire 30/08/2012

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