Lundi, s'ouvre à Paris le procès de Nicolas Sarkozy pour corruption dans l'affaire des écoutes de l'ancien président. Mais comment faut-il appeler ce procès ? Certes, c'est le procès de Nicolas Sarkozy, mais aussi celui de son avocat Thierry Herzog et du magistrat Gilbert Azibert. Pas simple...

Comment choisit-on le nom d'un procès ?
Comment choisit-on le nom d'un procès ? © Radio France / Olivier Chauve

Pendant  tout le temps de la procédure, le parquet national financier a baptisé ce procès "NSTH" pour "Nicolas-Sarkozy-Thierry-Herzog". Avant de se  rendre compte la semaine dernière qu'il manquait le troisième prévenu, le magistrat - ce n'est évidemment qu'un hasard... - "GA", Gilbert  Azibert. Du coup, le PNF a changé son intitulé : ce ne sera pas "NSTHGA" mais le "procès des chefs de corruption et de trafic d'influence visant Messieurs Azibert, Herzog, Sarkozy", la règle de l'ordre alphabétique replaçant soudainement le magistrat en premier plan et l'ancien président en dernier.  

Pour autant, ça n'en fait pas un titre pour la presse, ni un hashtag pour les réseaux sociaux. Et c'est là que tout se complique. Impossible de prendre le raccourci "Affaire Sarkozy" puisque l'ancien président est cité dans une bonne demi-douzaine d'affaires. Plusieurs médias, dont l'AFP, ont appelé ce dossier "l'affaire des écoutes". Problème encore : ça peut donner l'impression que Nicolas Sarkozy a été l'organisateur des écoutes comme François Mitterrand dans l'affaire des "écoutes de l'Elysée" au siècle dernier. D'autres médias, comme Mediapart, ont choisi le quolibet "affaire Paul Bismuth", du nom d'emprunt que Nicolas Sarkozy avait choisi pour utiliser un téléphone qui lui permettait de converser secrètement - du moins le croyait-il - avec son avocat. 

La plupart du temps, on donne aux procès le nom de l'accusé : affaire "Daval", affaire "Le Scouarnec", affaire "Tapie", "Fillon", "Balkany", "Tron", "Preynat ou "Barbarin" pour les plus récentes. Mais parfois, c'est la victime qui donne son nom au dossier : l'affaire "Clément Méric", l'affaire "Bettencourt", l'affaire "Pastor", et a fortiori si cette victime est un enfant, son prénom : affaire "Serena", la petite fille qui vivait dans un coffre de voiture, affaire "Bastien" décédé dans le tambour d'un lave-linge, affaire "Zyed et Bouna" morts dans un transformateur électrique à Clichy, et bien entendu l'affaire "Grégory". 

Les choses se compliquent quand il y a plusieurs victimes et plusieurs auteurs. Dans ce cas, on va chercher dans le dossier une particularité qui l'emporte. L'affaire de ce gros trafic de drogue entre Punta-Cana et Saint-Tropez devient "Air Cocaïne", ce praticien qui charcutait ses patients devient "le dentiste de l'horreur", cette pitoyable affaire de pédophilie montée de toute pièce dans les faubourgs de Boulogne-sur-Mer portera définitivement le nom de la commune : "Outreau". 

Enfin, restons dans les Hauts-de-France avec l'affaire du "Carlton", qui a certainement fait beaucoup de mal à l'image de cet établissement hôtelier qui fait face à l'opéra de Lille. Certes, l'hôtel a été le théâtre de quelques rendez-vous coquins initiés par les protagonistes du dossier judiciaire, mais si cette affaire n'a pas porté le nom du principal prévenu, Dominique Strauss Kahn, c'est un peu comme pour Nicolas Sarkozy dans le dossier "Bismuth" : parce que l'ancien patron du FMI était déjà impliqué dans une autre affaire, l'affaire du viol de Nafissatou Diallo au Sofitel de Manhattan. Le Carlton de Lille devenait ainsi un nom idéal pour cette affaire miroir. 

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