Le hall du palais de justice de Paris, immense bâtiment au nord de Paris, est un lieu où se croisent professionnels de la justice, simples curieux, et justiciables parfois démunis face à la complexité du système judiciaire. Instants captés dans les couloirs de la justice...

Les escaliers mécaniques qui mènent aux étages du palais de justice de Paris
Les escaliers mécaniques qui mènent aux étages du palais de justice de Paris © Radio France / Ariane Griessel

La même scène se joue, sans cesse, ces jours-ci, dans les salles d'audience. Les présidents demandent aux prévenus : "Il n'y a pas d'avocat, ils sont en grève, on vous juge quand même aujourd'hui ?" Les intéressés ont souvent vite fait leur choix : "Non, on va plutôt attendre..." Un rappel que la justice est une succession d'attentes.

À Paris, nous attendons dès l'entrée du bâtiment. Beaucoup de procès démarrent à 13h30, c'est donc ce qu'il convient d'appeler "l'heure de pointe". Ce jour-là, on se bouscule aux contrôles de sécurité, dignes de ceux d'un aéroport : prévenus, curieux, familles... Une dame s’excuse auprès de son voisin : "Pardon, je vous suis passée devant ?" "Oh vous savez, ça commençait à 13h30... Il est 13h34." Elle a envie de discuter : "Vous êtes là pour voir un procès ? "Euh...non, pour une audience, bon..." L'homme, est un peu raide, habillé avec soin, serre une pochette de documents contre lui. Elle insiste : "Non mais les avocats, c'est par là, il y a une entrée spéciale" "Non, je suis pas avocat. Je suis euh...bon...client." Polie, elle s'arrête-là.

Personne ne sait vraiment qui est qui, sous cet extrait de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, inscrit à l'entrée : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits".

Une fois franchie cette étape, nous voilà, enfin, dans le hall du palais. On l'appelle "la salle des pas perdus", mais souvent, ce sont surtout les regards qui sont perdus. Les audiences, et les salles où elles se déroulent, s'affichent sur un écran. Le tout défile, vite : 13h30 - 13e chambre - section une - salle 6.03;  23e chambre - section une - salle 2.03; 13h31 (sic) - service des référés - brevet marque et droit d'auteur....

"Demande à un avocat, y en a plein !"

Tout le monde garde la tête levée vers l'écran, les pages passent, trop vite. Un homme attend, reste bouche bée, s'exclame "ah ben mince alors !" Il  se tourne vers l'accueil, montre l'affichage : "Je ne comprends pas, mon audience, elle était là, elle n'est plus là." Page suivante, : l'audience réapparaît.

Parfois, dans ce temple de la justice, on assiste, impuissant à un délit. Une dame, à sa fille, assise sur un banc :

"Je ne comprends rien à ce document !

- Demande à un avocat, y en a plein (ils ne plaident pas mais ils sont là). Tiens, celui-là.

- Ah non, pas celui-là...il n'a pas l'air sympa..."

Oui, un délit...de faciès, au milieu du palais de justice !

Elle poursuit : "Tiens, celui-là, il est jeune, je peux l'aborder..." Se lève, tend un papier à l'avocat, qui se montre prêt à aider  : "Donnez-moi ça, je vais aller voir". Il s'éloigne, document en main. La mère, toute fière à sa fille : "Tu as vu ? Je lui ai dit : vous avez une tête gentille. Je vais lui offrir un thé ou un café. Attends... Il a une tête à boire quoi, lui ?!"

Certains trouvent de l'aide, d'autres moins. Une dame agite une feuille sous le nez d'un jeune homme, un document recouvert d'une écriture serrée. Elle monologue. Son interlocuteur lui répond poliment : "Oui madame". Elle continue. Lui : "Oui, madame. Bonne journée..." Elle insiste "Non mais faut dénoncer !" "Oui...oui." Il s'en va, la plante là, seule, avec son sentiment d'injustice, en plein cœur du palais de justice.  

Ce hall où se croisent espoirs et désespoirs, condamnés et relaxés, prévenus et victimes... 8.000 personnes par jour. L'impression d'une foule désorganisée, avant que chacun trouve sa place et s'installe, enfin, dans le prétoire.

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