Un procès inhabituel s’est tenu hier devant le tribunal correctionnel d’Evry. Deux hommes jusqu’ici sans histoire comparaissaient pour avoir commandité le passage à tabac d’un homme qu’ils détestaient : ils ont été piégés par un gendarme infiltré!

Corinne Audouin a assisté hier à cette audience digne d’un scénario de film, entre drame et Vaudeville. .

Tribunal correctionnel de Paris
Tribunal correctionnel de Paris © Fotolia/gator

Dans le box, ils ont l’air plutôt penauds. André, 70 ans, les cheveux blancs mi longs, ancien éclairagiste d’art. Et Serge, 65 ans, maigre, le visage marqué, qui tient une brasserie dans une petite ville de l’Essonne. Des hommes sans histoire, ni casier judiciaire.

Pourtant, tous deux ont eu cette idée folle : recruter un homme de main pour «casser les jambes» de leur ennemi commun, Gérard. Coup de chance pour la victime potentielle, les gendarmes, rencardés, envoient un gendarme infiltré à la rencontre de Serge. L’affaire ira jusqu’au versement de 3000 euros, après que « Gino », alias le gendarme masqué, ait montré une photo de la victime tabassée : une mise en scène destinée à les piéger. André et Serge sont incarcérés depuis, c’était il y a un mois.

L’argent, l’amour, l’amitié, la trahison : tous les ingrédients d’un véritable drame sont réunis.

La femme de Serge l’a quitté pour vivre avec Gérard. Depuis, le couple essaie de récupérer la moitié de la brasserie.

« Il m’a volé ma femme, et il veut me ruiner », a expliqué Serge en garde à vue. Il confirme d’un air contrit : «je me sentais perdu, j’étais au désespoir de ne plus rien avoir ». La rencontre avec André sera le déclic. A lui, Gérard a racheté son entreprise d’éclairage, mais il n’en a jamais payé le prix, malgré une condamnation en justice. « Après toute une vie de travail, je suis ruiné », rumine André.

La haine de l’un s’est nourrie de celle de l’autre. « On s’est monté le bourrichon tous les deux, tout seuls, on aurait rien fait ».

«On voulait lui donner une bonne correction », avance Serge. « L’idée, c’était de lui casser les jambes, pour qu’il ne puisse plus marcher », explique André avec détachement. «Vous mesurez l’énormité ce que vous dites? », s’insurge le président. «Pas vraiment, non ».

La question de ce procès, c'est : sont-ils des criminels en puissance, ou des imbéciles?

Leurs épouses ont bien une réponse. Tour à tour, elles viennent dire à la barre leur réaction, en apprenant ce que leurs maris avaient fait : « Je n’arrive pas à croire qu’il soit aussi con », a dit la femme de Serge. « Mais quel con! », s’est exclamée celle d’André. Les maris baissent la tête. Même si elles aussi, on le comprend vite, ne portent pas Gérard dans leur cœur.

«Il nous a trahis, s’il avait été honnête, on n’en serait pas là aujourd’hui », s’emporte la femme d’André.

« J’ai l’impression qu’on oublie que c’est moi la victime » répond vertement Gérard. L’homme est élégant, véhément. « Tout ça c’était pour l’argent ! Moi non plus je ne les aime pas, mais je ne vais pas leur casser les pattes pour autant ».

Dans la salle, l’ex femme de Serge, désormais épouse de Gérard, assiste en silence à ce jeu de massacre. La haine, la souffrance, l’amour déçu, tout est là, palpable. « Ce n’était pas une question d’argent, explique l’avocate d’André,c’était son entreprise, sa fierté, et toute sa vie

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