Montres
Montres © Yannick_M (Paris, FR)

La question du temps, en matière de justice, semble à nouveau sur le devant de la scène. Après le cas Jacques Chirac, il y aura celui du terroriste Carlos, et c’est aujourd'hui le dossier Krombach, ce médecin allemand jugé à Paris pour le meurtre de Kalinka, sa belle fille, que l’on ressort, 29 ans après les faits ! La justice peut-elle être vraiment efficace dans des affaires aussi anciennes ?

« Le temps s'enfuit, irréparable », nous dit le poète Virgile. Mais la justice ne semble pas s'en soucier. Combien de fois n'avons nous pas entendu que le temps judiciaire n'est pas le temps médiatique, qu'il faut laisser du temps au temps. A la presse, donc, d'être moins impatiente, mais aux victimes, aux prévenus ou aux accusés, d'attendre également. En 1982, André Bamberski, le père de Kalinka, a donc attendu que la justice allemande enquête sur le docteur Krombach. Le médecin allemand lui avait ravi sa femme quelques années avant et cet été là, il accueillait dans sa maison de Lindau les deux enfants Bamberski : Kalinka et Nicolas. L’expert comptable français a voulu savoir ce qu’il était arrivé à sa fille de 14 ans, retrouvée morte dans son lit, un matin de juillet. Mais outre Rhin, l'affaire est classée par trois fois. Dieter Krombach est lavé de tout soupçon. Pas pour le père de Kalinka ; l’opiniâtre André Bamberski n'y croit pas. Il va épuiser tous les moyens légaux. En 1995, le docteur allemand est condamné par contumace, en France, à 15 ans de prison. Insuffisant pour ce père qui veut voir son vieil adversaire jugé en bonne et due forme. Alors, il finit par accepter l'enlèvement de Dieter Krombach, 27 ans après la mort de sa fille. Arrivé en France, le docteur Krombach est immédiatement incarcéré.

- La justice a donc, en quelque sorte, donné raison à André Bamberski ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, les juges n'entendent pas se préoccuper de savoir comment le médecin allemand est arrivé dans l'hexagone. Il était sous le coup d'un mandat d'arrêt et devait être rejugé dès l'instant où il serait ici. Donc oui, la loi a donné raison à André Bamberski ; justice est rendue.

Mais aujourd'hui, ces deux hommes face à face, tous deux septuagénaires. L'un, le père de Kalinka, tenu par ses certitudes ; l'autre qui a perdu de sa superbe. Dieter Krombach est malade, fatigué et surtout, il ne se souvient plus très bien ou ne veut plus se souvenir. Une partie des témoins a disparu et il manque beaucoup d'éléments matériels. Pour les avocats de la défense, ce procès n'aurait jamais dû avoir lieu dans ces circonstances et la France est passée outre la décision de son voisin européen, qui avait dédouané leur client.

La tâche s'annonce donc difficile pour la Cour d'Assises. Quant aux parents, 29 ans après, la vérité sur la mort de leur fille pourrait bien leur échapper. Mais peut-être pourront-ils enfin commencer leur deuil.

Une chronique de Nathalie Hernandez

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