Salope, étron et croix gammée : jusqu'où peut-on aller dans la satire ?

Voici trois exemples, et trois affaires qui mettent en scène des plaintes pour injure déposées par Marine Le Pen. Devant la cour de cassation, elle en a perdu deux et gagné une.

Dans le journal Marianne en 2012, Nicolas Bedos rédige une chronique au vitriol sur la politique migratoire du Ministre de l'Intérieur de l'époque, Claude Guéant, et fait référence à Marine Le Pen qu'il qualifie de "salope fascisante". Elle porte plainte pour injure. Nicolas Bedos sera relaxé par le tribunal et la cour d'appel qui expliquent que l'humoriste a utilisé un mode satirique pour s'en prendre, non pas à la femme, mais à la responsable politique, et qu'il ne dépassait donc pas les limites admissibles de la liberté d'expression. La cour de cassation confirmera cette analyse.

Même conclusion pour le deuxième dossier, nous sommes en novembre 2011 et Laurent Ruquier, à la télé, illustre les arbres généalogiques des candidats déclarés à la présidentielle. Un rosier pour François Hollande, une croix latine pour Christine Boutin, un phallus pour Dominique Strauss Kahn et... une croix gammée pour Marine Le Pen. Là encore la justice conclut que nous sommes ici dans le registre de la bouffonnerie, qu'il s'agit d'un dessin outrancier et dénué du moindre sérieux.

Mais dans la troisième affaire, la cour de cassation change d'analyse. Nous sommes toujours sur le plateau de Laurent Ruquier, en janvier 2012, avec des affiches parodiques tirées de Charlie Hebdo. Ruquier brandit celle d'une Marine Le Pen représentée sous la forme d'un étron fumant avec pour slogan "Le Pen, la candidate qui vous ressemble".

Le tribunal et la cour d'appel avaient relaxé l'animateur en soulignant qu'il avait lui-même précisé à l'antenne qu'il s'agissait d'une satire, d'un humour débridé, tiré d'un journal qui n'hésite pas à recourir à des figures scatologiques. Mais, là, la cour de cassation a donc estimé que l'excrément pouvait porter atteinte à la dignité de Marine Le Pen et que Ruquier avait dépassé les limites admissibles de la liberté d'expression.

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