Les manifestants du mouvement "Nuit Debout" sont parfois confrontés à la justice. Interpellations, garde à vue, procès en comparution immédiate : comment se défendre sans renoncer à ses idéaux ?

Les militants contre la loi travail ont créé le DefCol, le "groupe de défense collective". Sur les réseaux sociaux, sur la place de la République, ils font circuler des conseils : si vous êtes interpellé, ne parlez pas à la police, appelez tel numéro de téléphone, ne prenez pas d'avocat commis d'office.

Car le collectif travaille avec une petite dizaine d'avocats. Parmi eux, Raphaël Kempf et Alice Becker. Ils ont défendu notamment des victimes de violences policières, des manifestants interpellés pendant la COP 21 ou des assignés à résidence dans le cadre de l'état d'urgence.

Alors se considèrent-ils comme des militants, ou des avocats?

Nous restons bien sûr avocats, même si on a une sympathie pour le mouvement. Nous avons mis en place une permanence, où des avocats se mettent à disposition en cas de garde à vue, pour aller assister les personnes aux quatre coins de Paris. Nous sommes choisis pas les manifestants, donc il y a une confiance qui s'établit, parce qu'on a travaillé avec ce mouvement, et qu'on en partage les vues. Et pour défendre quelqu'un, mais c'est valable dans n'importe quel cas, il faut que cette confiance s'établisse entre l'avocat et son client.

Le choix d'une défense collective peut parfois s'avérer compliqué. La difficulté, c'est d'articuler la défense d'une personne, au mieux de ses intérêts, avec une défense collective, politique, qui s'attache à suivre quelques grands principes. Ne pas dénigrer le mouvement, ne pas "charger" un autre prévenu pour s'en tirer à bon compte, refuser le prélèvement de son ADN. Et en comparution immédiate, refuser d'être jugé tout de suite, pour avoir le temps de préparer sa défense.

Or pour une personne qui n'a pas de garanties de représentation, comme un travail, un logement, demander un renvoi, cela peut signifer rester en détention en attendant d'être jugé. Raphaël Kempf compose donc entre les principes, et la réalité de chaque dossier :

Ces droits, c'est par exemple garder le silence face à la police, c'est le droit de demander un renvoi quand on est en comparution immédiate. Ca ne veut pas dire que ces droits sont absolument intangibles et applicables en toute circonstances. Même si on est d'accord avec ces principes, on ne va jamais faire passer l'intérêt de la cause avant celui de la personne qu'on défend.

Le concept de défense collective suscite des réserves de certains avocats. Comme si ces défenseurs engagés étaient forcément meilleurs que les avocats commis d'office, qui assurent la plupart des comparutions immédiates.

Alice Becker s'en défend :

C'est une critique que l'on a du mal à comprendre. Certains manisfestants sont défendus par des avocats commis d'office tout à fait brillants, et parfois, c'est moins bien. Raphaël et moi, ça nous arrive d'être commis d'office, on n'a aucun mépris pour eux. Nous n'avons pas la prétention d'être meilleurs, on connaît juste un peu mieux le mouvement, et on essaie d'apporter un plus.

Lundi 19 avril, aux comparutions immédiates, un avocat qui n'était pas lié au Defcol a ainsi choisi de défendre son client, poursuivi pour violences, outrages et rébellion, en le distinguant des "mauvais" manifestants, et en critiquant le mouvement. Un tri que refusent de faire les avocats qui s'inscrivent dans cette démarche de défense collective. "Nous essayons de défendre tout le monde, sans juger de la légitimité du mode d'action de chacun ", précise Alice Becker.

Mouvement "Nuit Debout", place de la République à Paris, 4 avril 2016.
Mouvement "Nuit Debout", place de la République à Paris, 4 avril 2016. © Benjamin Girette / IP3 / maxppp
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