ParCorinne Audouin

La prison des Beaumettes
La prison des Beaumettes © PHOTOPQR/LA PROVENCE / VALLAURI Nicolas

La semaine dernière s'est tenue à Paris une "conférence de consensus" sur le thème dela prévention de la récidive, à l'initiative du ministère de la Justice.

La conférence a remis mercredi soir à Matignon une liste de 12 recommandations, avec un axe fort : faire de la prison une peine parmi d'autres.

Et cela sonne presque comme une révolution culturelle, dans une société où la prison reste toujours, pour l'opinion mais aussi pour tout le système judiciaire, LA peine de référence. Juste un chiffre, tiré d'un ouvrage qui vient de paraître aux éditions Buchet Chastel, "La prison, une nécessité pour la République" de Pierre-Victor Tournier : en 2010, les peines de prison représentaient 52% des sanctions prononcées pour les délits.

La prison est-elle pour autant la meilleure façon de lutter contre la récidive, qui concerne essentiellement les délits ?

Les avis sont tranchés sur cette question très sensible. Mais force est de constater que la récidive reste très élevée et que dix années d'une politique pénale axée sur la sanction et la prison ne l'ont pas fait diminuer. D'où la proposition du jury de consensus : créer une nouvelle peine de probation, qui aurait pour vocation de remplacer les courtes peines d'emprisonnement.

  • La peine de probation qui est mal connue en France, mais qui a fait ses preuves à l'étranger..

...Notamment au Canada et au Royaume-Uni. Il s'agit d'une peine qui comprend des obligations, comme d'indemniser ses victimes, de suivre une thérapie, ou de faire un travail d'intérêt général. Mais il y a aussi un accompagnement vers la réinsertion du condamné dans la société pour éviter la récidive. Je vous propose d'écouter la présidente du jury, Françoise Tulkens. Elle est Belge, ancienne vice-présidente de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

J’ai presque envie de dire que c’est historique. La peine de prison a été inventée il y a quelques siècles et maintenant, on crée une nouvelle peine en milieu ouvert. J’insiste sur le fait que c’est une peine, c’est-à-dire une violation de l’autorité contraignante, à une violation ou à une infraction à la loi. Ce qu’il faut, ce sont des peines qui servent à rendre notre société plus pacifique. C’est cela que nous visons Donc ce n’est pas de l’angélisme, l’angélisme n’a pas de sens en matière pénale. C’est une peine obligatoire, contraignante, mais qui va s’inscrire dans la réalité où les personnes retournent quand même tôt ou tard.

Françoise Tulkens a conscience : pour que cela réussisse, il faut deux conditions sine qua non. D’abord, un vrai changement des mentalités par rapport à ce qu'on attend d'une sanction pénale : est-ce qu'il s'agit juste de punir ou aussi de réparer ?

Et puis le nerf de la guerre : les moyens bien sûr. En France, on compte un peu plus de 4000 personnels d'insertion et de probation. Ce sont eux qui suivent les personnes condamnées en milieu ouvert, qui s'assurent qu'elles respectent leurs obligations. Ces conseillers sont déjà surchargés de travail.

La piste, c'est sans doute celui d'un transfert de moyens : la prison coûte extrêmement cher, en budget et en personnel. Un dernier chiffre pour finir : face aux 4.000 conseillers pénitentiaires, il y a en France 26 000 surveillants de prison.

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