Une fois par mois, la 10e chambre du Tribunal correctionnel de Paris, juge les affaires de violences policières. Ce mois-ci, l'affaire d'un policier jugé pour avoir frappé un prévenu aux toilettes. Le prévenu était aussi poursuivi mais a été relaxé.

Une fois par mois, la 10e chambre du Tribunal correctionnel de Paris, juge les affaires de violences policières
Une fois par mois, la 10e chambre du Tribunal correctionnel de Paris, juge les affaires de violences policières © AFP / JEFF PACHOUD

Le policier se prénomme Franck. Il s’avance à la barre. Carrure athlétique, 1 mètre 89 pour 73 kilos, cheveux mi-gominés mi- rasés et barbe soigneusement taillée, jean noir délavé et chemise à petites rayures bleues et blanches. Cela fait cinq ans qu’il est dans la police nationale. Il n’a que 23 ans.  Le 23 juillet dernier, il était d’escorte au palais de justice de Paris, chargé de surveiller les prévenus en attente de jugement, dans un SAS en panne de climatisation. Un des prévenus, Mohamed, 18 ans, parle fort, et se plaint d’une odeur nauséabonde due à la chaleur. Le policier lui demande de se taire. Mohamed rétorque qu’il va continuer à parler. Puis demande à aller aux toilettes. "Pourquoi tu fais ton show ?" le tance Franck, le policier, en l’accompagnant aux toilettes, seul. "J’ai l’habitude de travailler comme ça, explique le policier face au tribunal. C’est ma pratique, pour faire baisser la tension". 

La procureure et des avocats s’étonnent. "Vous croyez que les toilettes sont un lieu propice au dialogue ? "

Le tribunal visionne alors la vidéo, sur laquelle on voit Franck le policier, sortant des toilettes d’un pas rapide et décidé, le temps de déposer dans le couloir son arme et son ceinturon, puis il retourne aux toilettes, où il vient de laisser Mohamed. Il ferme la porte, avec des gants de latex bleus. Derrière la porte, il n’y a plus de caméras. Ses collègues entendent aussitôt des bruits sourds et des insultes, et rouvrent aussitôt la porte. Mohamed est fléchi. Ensanglanté. " Il a voulu me frapper, et je l’ai bloqué, mais je lui ai mis deux coups de poing au visage ! ", reconnaît le policier face au tribunal, en plaidant la légitime défense. Mohamed, qui n’est pas venu hier au procès, avait dit, qu’il avait reçu cinq coups. 

" C’est pas ce qu’on vous apprend à l’école de police ! " gronde l’assesseuse. 

"Vous comprenez le problème ! Et pourquoi vous ne retournez pas aux toilettes avec un collègue s’il y a des tensions ? " " C’est ma pratique", répète le policier, d'un air buté. " A la base, je suis quelqu’un de calme", ajoute-t-il.  "J'aime bien apaiser les tensions. Généralement, j'arrive à apaiser les tensions."

"Pourquoi vous êtes rentré dans la police ? " l’interroge le président du tribunal ?  "Pour défendre les personnes", répond Franck.  "Toutes les personnes ?"  "Les malfaiteurs, faut les arrêter ! ", coupe le policier, qui réfléchit, en finissant sa phrase : "évidemment, ceux qu’on arrête ne sont pas forcément coupables, y a la présomption d’innocence !"  

" Vous pouvez me dire ce que vous inspirent les violences illégitimes ? " demande le président. "Ben, on est pas au-dessus des lois ", bredouille le policier.  

Hier, le tribunal a condamné Franck, à quatre mois de prison avec sursis. Mohamed, qui était lui aussi poursuivi pour violences, a été relaxé, dans la mesure où ses coups n’avaient pas atteint le policier.  "Votre légitime défense ne tient pas ", tranche le président, face au policier. "Mais vous savez, on ne veut pas faire de vous un exemple, on juge un homme. Nous sommes tous serviteurs de la loi. Vous êtes un gardien du temple. Vous êtes des nôtres. Mais on pense qu’un justiciable ne respecte une autorité que lorsqu’elle se conduit de façon respectable". 

Le président  : "le respect ce n’est pas parce qu’on a des robes ou qu’on lève les bras pour la loi du plus fort" 

Joris Monin de Flaugergues, l'un des avocats de Mohamed, savoure ces paroles. "D'autant plus importantes que ces violences ont eu lieu dans une enceinte de justice, temple sacré." Franck, le policier repart sans un mot, et sans qu’on soit certain qu’il ait compris la sanction, quatre mois de prison avec sursis, donc, et aussi un an d’interdiction de porter une arme. "Pour vous permettre de gagner en maturité", conclut le président exemplaire, de cette "chambre de police".

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