Par Baptiste Condominas

C'est une affaire qui dure depuis 13 ans : en juillet 2000, un jeune homme, Julien Corvisier, est assassiné à Massy, dans l'Essonne.

Son beau-père, soupçonné du meurtre, est mis en examen… Mais depuis, rien !

Les années ont passé et le dossier n’avance pas et le père du jeune homme, Pascal Corvisier, attend toujours que justice soit faite.

L’affaire commence le 1er juillet 2000, quand Julien Corvisier, 17 ans, est retrouvé gisant au fond d’une cave d’un immeuble de Massy, une balle dans la tête. Cet immeuble, c’est celui où habite sa famille. Sa mère, sa petite sœur et son beau-père. Un beau-père avec qui Julien s’empoigne et s’engueule régulièrement. Un beau-père qui fait vite office de suspect numéro un dans cette affaire.

Car très vite, tous les soupçons se portent sur cet homme. La nuit des faits, Julien est avec un ami. Ils discutent tous les deux sur le parking arrière de la résidence, entre 4 et 5h du matin, quand ils voient quelqu’un dans le hall de l’immeuble. Dans son témoignage, l’ami est formel: c’est le beau-père de Julien. Julien le rejoint. Les deux hommes discutent avant de se diriger vers les caves. Bruits de bagarre, une porte qui claque, le bruit d’une chute, un coup de feu. De longues minutes s'écoulent.

Paniqué, l'ami de Julien tente de forcer la porte d'entrée puis de réveiller les voisins, sans succès. Il prévient la police. Julien est retrouvé blessé, dans le coma, et meurt 6 jours plus tard à l’hôpital.

  • Le témoignage de l’ami Julien met clairement en cause son beau-père, sauf qu’il y a un problème : ce beau-père est paraplégique.

Une maladie hautement incapacitante, qui le contraint à se déplacer en béquilles ou en chaise roulante et qui questionne son aptitude à se battre, surtout avec un individu plus jeune. Maître Putigny-Ravet, l’avocat du mis en examen : « Une fois encore, il semble compliqué de reprocher dans les circonstances dans lesquelles ils auraient été commis à quelqu’un qui souffre de paraplégie et qui n’était pas physiquement en état de les commettre ».

Pourtant, certaines personnes assurent l’avoir déjà vu se déplacer sans difficulté, sur ses deux pieds, boitant à peine. Alors y a-t-il simulation ? Malade, d'accord, mais à quel point? C’est le nœud du problème. Pour reprendre, l'affaire a aujourd’hui besoin d’examens médicaux qui permettraient de savoir si, oui ou non, le beau-père de Julien était en capacité de s’en prendre à lui et de le tuer.

Alors, la partie civile attend ce complément d’expertises, comme elle en a attendu d’autres. Cela fait déjà 13 ans que Pascal Corvisier ne dort plus.

Pascal Corvisier : « C’est très long. J’ai fait 3 tentatives de suicide. J’ai un peu sombré, à une période, dans l’alcoolisme, parce que cela m’énervait. Parce qu’un jour vous recevez une bonne nouvelle et un autre jour une mauvaise nouvelle comme quoi il fait appel et lui il est toujours en liberté. Et pendant ce temps là, moi, j’attends. »

13 ans de procédure. 13 ans sans savoir. Un mis en examen qui nie fermement les faits, des mesures d’instructions médicales, des rapports qui s’accumulent, des juges qui changent et se succèdent… Certes, la justice est réputée pour sa lenteur. Mais pour Maître Andouard, l'avocat de Pascal Corvisier, ce délai est tout simplement anormal.

Maître Andouard : « Si au départ on avait fait ce dossier dans un délai raisonnable, l’instruction criminelle met en moyenne 18 à 36 mois. Un appel, c’est parfois un an ou deux de plus, mais rarement plus. A 13, on aura peut-être une décision définitive sur l’action publique, mais pour l’instant, on n’en est pas là. »

L'avocat n'entend pas lâcher prise, au point qu'il envisage d'en référer aux autorités européennes pour faire pression sur un dossier qui stagne depuis trop longtemps. Avec l'espoir d'offrir un semblant de paix à un père meurtri qui attend toujours.

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