Deux aventuriers qui daignent enfin s'expliquer devant un tribunal: les responsables de l'Arche de Zoé. En 2011, Eric Breteau et sa compagne Emilie Lelouch avaient été condamnés en leur absence à 2 ans de prison ferme. Cette fois, ils sont présents et ne renient rien.

ouverture du procès en appel du couple de l'arche de zoé
ouverture du procès en appel du couple de l'arche de zoé © reuters

103 enfants, des orphelins du Darfour soi-disant, prêts à décoller pour la France à bord d'un moyen courrier spécialement affrété : l'opération avait été stoppée par les forces tchadiennes le 25 octobre 2007. Les responsables de l'Arche de Zoé sont condamnés à 8 ans de travaux forcés au Tchad pour enlèvement d'enfants, puis rapatriés et graciés par le président Idriss Deby, qui avait grand besoin de la France pour mater une rébellion.

La justice française n'a pas dit son dernier mot, mais elle ne peut pas refaire le procès tchadien. Alors, elle poursuit les responsables pour d'autres motifs : pour avoir fait entrer des enfants en situation irrégulière, pour l'exercice illégal de l'activité d'intermédiaire en adoption et pour avoir escroqué plus de 250 familles qui attendaient d'accueillir un enfant . Eric Breteau et Emilie Lelouch boycottent le premier procès : ils sont en Afrique du Sud et comme ils l'ont expliqué à la barre cette semaine, ils pensent qu'ils ne seront pas écoutés.

Ils s'estiment victimes d'un lynchage médiatique. « J’étais trop en colère », a dit Emilie Lelouch. Changement de pied en appel, donc. Hier, Eric Breteau a répondu le premier aux questions de la cour d'appel de Paris, assez à l'aise, droit dans ses convictions.

Pour Eric Breteau, la fin justifie les moyens. Selon lui, il s'agit d’abord de sauver des enfants en danger de mort... Quitte à tromper les autorités tchadiennes.

« Dans une zone de guerre, on est bien obligés de recourir à des subterfuges, du camouflage », explique-t-il.

En 2007, les réfugiés du Darfour affluent au Tchad, s'installent dans des camps, avec le secours sur place des grandes organisations humanitaires qu'Eric Breteau méprise. Il n'en démord pas : « quand il y a urgence, il faut commencer par sauver les gens, après on voit ».

Peu importe de déraciner ces enfants. L'Unicef a établi ensuite que les 103 enfants étaient pour la plupart Tchadiens et pas vraiment orphelins.

A France Inter, nous en avions retrouvé quelques-uns l'année dernière, dans leur famille, à l'est de Tchad. Mais pour Eric Breteau, tout cela n'est que rumeur.

Quant au dispositif mis en place en France avec les familles d'accueil : « je ne leur ai jamais caché les risques », assure-t-il. Quelques semaines avant d'être arrêté, Eric Breteau est reçu au ministère des Affaires étrangères. Au cabinet de Bernard Kouchner, on commence à s'inquiéter de ce que font ces « zozos ». L'un de ces conseillers racontera : « Eric Breteau ne connaissait pas l'Afrique, il avait des certitudes bien ancrées de missionnaire. Il paraissait se réjouir du possible scandale médiatique sans se soucier des conséquences pour les enfants, les familles et nos relations diplomatiques ». Le Quai d'Orsay alerte la police. Eric Breteau semble convaincu d'avoir ensuite été dénoncé au Tchad par les autorités françaises.

Certains pourront trouver la philosophie de l'Arche de Zoé moralement détestable. A la barre, son fondateur a un certain panache : « Je suis 100% responsable », assume Eric Breteau, même s'il s'estime innocent des délits qui lui sont reprochés aujourd'hui.

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