Fôret
Fôret © bitin.fr

La justice va être saisie, dans les jours qui viennent, d'une demande en révision peu banale concernant un crime commis il y a vingt ans, en Lorraine.

C'est un crime banal, si tant est qu'un crime puisse être banal. Un crime qui va peut-être révéler une incroyable erreur judiciaire. Cet été, à La Rochelle, un cuisinier de 41 ans a étranglé sa jeune compagne, Charlène, dans son appartement. Le couple vivait une séparation difficile. Immédiatement arrêté, Yann Bello a reconnu les faits. Et ce crime banal du 18 juillet va enclencher la machine à remonter le temps, à 800 km de là.

Le 11 août 1991, un gendarme qui promenait son chien découvre en pleine forêt de Chavelot, dans les Vosges, le corps dénudé d'une jeune femme étranglée. A son domicile, aucun indice particulier (nous sommes encore à des années lumières de la recherche ADN), rien, sinon le vol du magnétoscope. Les enquêteurs vont s'intéresser au milieu baba-cool que fréquentait Valérie. Et un certain Yann Bello va raconter cette version des faits. Il dit aux enquêteurs qu'avec son inséparable copain d'enfance, Raphaël Maillant, ils ont eu l'idée de voler ce magnétoscope pour le revendre 800 Francs et s'acheter un peu de cannabis. Mais pendant que Bello dérobe l'appareil, Maillant monte dans la chambre de Valérie pour avoir une explication sur leur rupture. Quand Bello le rejoint, découvre le meurtre et, "pris au piège", dira-t-il aux gendarmes, il va aider Maillant à cacher le corps en forêt. Maillant a toujours nié cette version. Il affirme avoir passé la soirée chez sa sœur Evelyne, à Epinal. Mais il n'a pas de meilleur alibi, et au terme d'une longue instruction de six ans, avec pas moins de trois suppléments d'information, Maillant va être renvoyé aux assises. Son procès se passe mal. Enfermé dans un déni total, Maillant ne fera pas une bonne impression. Il sera condamné à dix-sept ans de réclusion.

Cet été, Raphaël Maillant a donc vu son passé resurgir. Vingt ans tout juste après le meurtre de Valérie, c'est donc son ancien inséparable copain d'enfance, Yann Bello, qui commet dans les mêmes circonstances, le meurtre pour lequel il a payé. Et si la justice s'était trompée de meurtrier ? Maillant est aujourd'hui éducateur sportif à Nancy. Il va déposer une nouvelle demande en révision de sa condamnation. Mais aussi troublante soit-elle, cette répétition des faits n'est pas un élément juridique déterminant pour une cour de révision. Un crime commis en 2011 ne peut pas, à lui seul, constituer un élément nouveau dans l'enquête sur un meurtre commis vingt ans plus tôt. Ce n'est pas parce que Bello a tué sa femme cette année qu'il aurait pu en tuer une autre en 1991.

Lors du procès en 1997 à Epinal, les avocats de Maillant avaient demandé aux jurés de l'acquitter au bénéfice du doute. Ils n'ont pas été entendus. Raphaël Maillant espère aujourd'hui que chaque membre de ce jury populaire se pose la question : « et si je m'étais trompé ? ».

Une chronique de Jean-Philippe Deniau

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