Le Conseil national des barreaux, lesquels représentent les 65 000 avocats français, interpelle les candidats à la présidentielle sur leurs programmes en matière de justice.

Salle d'audience
Salle d'audience © Radio France / Matthieu Boucheron

Le constat de départ c'est… du vide dans les programmes des candidats à la présidentielle sur les questions de justice, selon Jean-Marie Burguburu, ancien président du Conseil national des barreaux (CNB) :

"Ce vide est à la fois étonnant et compréhensible. La justice est un fondement de la société et on ne peut pas lancer un nouveau quinquennat sans réfléchir à ces questions. Mais il est compréhensible parce que ce sont des questions très délicates sur lesquelles les candidats ne veulent pas se mouiller les pieds, soit que certains aient quelques difficultés, soit que d'autres ne savent pas par quel bout prendre cette question fondamentale."

Alors le CNB a décidé, cette année encore, d'interpeller les candidats à la présidentielle. Mais sur base, cette fois, des interrogations des avocats de France. Quatre thématiques – la justice, ses moyens, l'exercice de la profession d'avocat et les droits fondamentaux – et 32 questions au total ont été transmises aux 65 000 avocats en exercice. 3% d'entre eux ont pris la peine de répondre.

Du respect du secret professionnel aux moyens de la justice

Ils interrogent les candidats à la présidentielle sur l'avenir de la profession d'avocat – respect du secret professionnel, simplification des procédures –, mais aussi sur l'indépendance du parquet, les moyens de la justice – le manque de magistrats, de greffiers, la dégradation des tribunaux. "Pouvons-nous espérer dépasser la Géorgie et la Turquie dans le budget de la justice?" interpelle ainsi un avocat. Autres sujets de préoccupation : le rôle du juge ou encore les délais raisonnables. Mais avant tout, c'est une vision, un réel projet pour la justice de demain que réclame le président du Conseil national des barreaux, Pascal Eydoux, et pas seulement quelques vagues engagements sur la création de places de prison :

"Aborder la question pénitentiaire est utile. Nous savons que nos prisons ne sont pas dignes, nous savons que nous n'en avons pas suffisamment pour que les gens y soient bien traités, nous savons que la cour européenne condamne souvent la France à ce sujet-là. Par conséquent, le sujet est important. Mais ce n'est pas un sujet de justice : c'est un des sujets de LA justice. Ce sur quoi nous attendons les candidats c'est qu'ils nous donnent cette vision de l'autorité judiciaire. Est-ce qu'ils veulent donner à l'autorité judiciaire les moyens d'exercer ou est-ce qu'ils veulent réguler constamment les flux et par conséquent la faire taire de plus en plus ?"

Or, cette année, deux candidats – Marine Le Pen et François Fillon – ont des démêlés avec la justice. Et la méfiance, l'irrespect même face aux institutions judiciaires selon les avocats est d'ailleurs un autre de leurs sujets d'inquiétude… et pas des moindres. Pascal Eydoux, président du Conseil national des barreaux, s'inquiète :

"Les candidats à la présidence de la République doivent avoir du respect pour l'autorité judiciaire. S'ils sont les premiers, parce que l'autorité judiciaire leur pose des questions, à considérer que cette autorité judiciaire transgresse les règles et qu'elle ne peut pas leur poser des questions, ils donnent une très mauvaise image et une très mauvaise conception de la justice. Ils ne viendront pas se plaindre après, s'ils sont élus, de rencontrer des difficultés et une société qui est en conflit avec sa justice alors qu'ils auront probablement été les auteurs de cette fracture de confiance."

Les candidats sont invités à répondre avant le 10 mars. Leurs réponses seront ensuite mises en ligne par le Conseil national des barreaux.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.