En l'absence d'avocats, certains détenus décident d'assurer aux-mêmes leur défense. Et de s'arranger avec la vérité, au risque d'aggraver leur cas. Où l'on constate, si besoin était, que défendre est un métier..

Salle d'audience du palais de justice de Paris
Salle d'audience du palais de justice de Paris © Radio France / Ariane Griessel

Qui dit vrai, qui dit faux : éternelles questions de la justice. Ce jour-là, à Paris, devant la 23e chambre, le prévenu l'assure : "Cette fois, je vous jure, je vais vous dire toute...la vérité". Le jeune homme, 21 ans, est jugé en comparution immédiate, pour le vol d'un téléphone portable, dans le quartier des grands magasins. Les avocats sont toujours en grève, mais le prévenu, refuse le renvoi. Avec ses dix condamnations en six ans, il connaît le fonctionnement de la justice, et se dresse, dans le box, les deux mains sur la poitrine : "Je prends ma défense". Cette défense tient en un principe : aujourd'hui, oui, il va dire vrai.

La présidente pointe d'entrée ses arrangements avec la vérité : "Selon les cas vous êtes nés à tel endroit ou tel autre, à telle date ou telle autre.... Vous avez donné un nom, vos empreintes correspondante à un autre... Vous avez le droit de mentir, mais il serait peut-être temps de vous expliquer....". Lui ne flanche pas : "Je vais vous expliquer, mais ça va être un petit peu long. Je n'avais pas confiance en la police."

Sur les faits...il les reconnait, oui, c'est la vérité. Mais sa vérité ne ressemble pas à celle des témoins : "Ça ne s'est pas tout à fait passé comme c'est écrit. J'ai vu la cliente avec une poussette, je lui ai ouvert la porte, j'ai vu que son téléphone était presque en train de tomber de sa poche..."

La présidente l'interrompt : "- Ah oui ?

- Je vous dis la vérité...

- On en est convaincu. Dans cette chambre, nous sommes spécialiste des téléphones qui tombent des poches."

Il poursuit : "C'est vrai, j'ai volé la dame, mais quand j'ai volé, elle m'a souri et m'a dit merci pour la porte. Elle ne s'est rendu compte de rien". 

Moue peu convaincue côté tribunal, qui continue :

"- Et vous vivez où ?

- Là je vous dis la vérité...

- Allez-y....

- Chez ma cousine, telle adresse dans le 19ème, deuxième étage porte à gauche après l'escalier à droite de l'ascenseur".

La vérité aime visiblement la précision, sauf que…

"- Vous nous avez donné une autre adresse

-  Ah oui, ça, c'est un hôtel

-  La dernière fois vous nous avez parlé d'un studio...

-  Ah bon ?

-  Vous voyez, quand on raconte des histoires, il faut avoir une bonne mémoire. Parlez-nous de vos parents.

- Ma mère est morte, mon père vit en Algérie, il a refait sa vie, il ne sait même pas où je suis.

- Ah. Parce que la dernière fois vous nous avez dit que vous vouliez retourner vivre avec votre père...et votre mère

- Oui, vous savez qui j'appelle ma mère ? Euh...ma grand-mère, c'est comme une mère pour moi !"

Auto-défense de celui dont ce n'est pas le métier. L'homme est pâle, yeux cernés, porte une minerve. Il continue : "Vous savez, mon codétenu s'est pendu dans notre cellule, j'ai voulu le sauver, il avait une lame de rasoir et m'a tailladé le bras". Le prévenu décolle son pansement, laissant apparaître une grosse coupure : "Ça fait trois jours qu'il est à l'hôpital, j'en fais des cauchemars, je prends des médicaments pour me calmer".

Vérité...mensonge ? C'est vrai : un document officiel confirme les faits. Il pleure à gros sanglots en racontant la scène. Condamné à six mois de détention, il ne retourne pas en prison tout de suite, et pourra essayer de faire aménager sa peine. Le jeune homme se tourne vers la présidente, les larmes aux yeux : "Merci merci merci. Je ne vous décevrai pas...je vous jure."

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