Par Jean-Philippe Deniau

l'affaire de proxénétisme de l'hôtel carlton de lille prend de l'ampleur
l'affaire de proxénétisme de l'hôtel carlton de lille prend de l'ampleur © reuters

Après l'affaire des fadettes des journalistes du Monde dans le dossier Bettencourt, voici une nouvelle affaire de fadettes, cette fois dans le dossier du Carlton. Plusieurs journalistes du Monde , du Figaro , de Libération , du Parisien , de l'Express et du Point ont été (ou vont être) mis en examen pour avoir révélé des pièces du dossier d'instruction.

Et les juges envisagent donc de faire rechercher les factures téléphoniques des journalistes mis en cause pour remonter jusqu'à leurs sources. Une procédure illégale, qui en dit long sur l'état d'esprit de certains magistrats .

Vous avez, dans ce dossier, d'un côté des journalistes qui informent leurs lecteurs en publiant, par exemple, des extraits de procès verbaux (rappelons au passage que le journaliste n'est pas soumis au secret de l'instruction et que son métier consiste, quelque part, à informer) et de l'autre des magistrats terriblement vexés de voir le sacro-saint secret absolu de l'instruction violé.

Ils vont donc engager, comme on doit certainement l'enseigner dans certaines écoles de magistrats de la Corée du Nord, des procédures longues, coûteuses et illégales, pour savoir qui ose donner des informations aux journalistes.

- Pourquoi ces procédures sont-elles illégales ?

Parce que la loi autorise un magistrat à aller explorer les fadettes des journalistes uniquement s'il y a un « impératif prépondérant d'intérêt public », ce qui n'est pas le cas pour une simple violation du secret de l'instruction (on en avait déjà parlé il y a deux ans dans cette même chronique).

La Cour de cassation a dit clairement que dans ce cas, les moyens développés pour retrouver les sources des journalistes étaient disproportionnés par rapport au but recherché. On ne va pas espionner jusque dans le téléphone d'un journaliste pour avoir peut-être le nom de celui qui lui a donné un morceau de procès verbal.

- Mais alors pourquoi dans cette affaire du Carlton, les magistrats veulent-ils quand même le faire ?

C'est certainement une question de principe. Pour certains magistrats, le secret absolu de l'instruction est une idée fixe qui justifie de déployer des moyens vertigineux quand il est violé. Il y a aussi dans cette démarche la tentation de tout vouloir contrôler. Et qu'y a-t-il de plus dangereux, dans le fonctionnement d'une démocratie, que de permettre à une autorité judiciaire de savoir qui a informé un journaliste pour le faire condamner ?

Car ce n'est pas le journaliste qui est ici atteint, c'est le droit à l'information que l'on cherche à réduire. Mais le plus incroyable dans la démarche des juges de Lille, c'est que pendant qu'ils mettent en examen des journalistes, à la Chancellerie, on prépare une nouvelle loi qui va mieux protéger le droit à l'information.

- Une nouvelle loi sur le secret des sources ?

Oui. Bientôt, le magistrat ne pourra plus rechercher les fadettes des journalistes ni engager de perquisition, sauf s'il s'agit d'empêcher un crime ou une atteinte grave à la personne.

Il est même clairement dit, dans cet avant projet de loi, que la détention par un journaliste d'un document tel qu'une pièce d'instruction, relève clairement de la mission d'informer.

La loi n'est pas encore votée, bien sûr, mais en attendant, messieurs et mesdames les juges, ne cherchez pas à contrôler le travail des journalistes, vous vous trompez de combat.

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