Depuis 2011, une journaliste du site "Les Jours" tente de le savoir, en vain.

Il est quasi impossible d'accéder aux fichiers de la CNIL si vous êtes fichés
Il est quasi impossible d'accéder aux fichiers de la CNIL si vous êtes fichés © AFP / B. BOISSONNET / BSIP

En 2011, Camille Polloni a saisi la CNIL, pour savoir si elle était fichée. Un an plus tard, la Commission Nationale Informatique et Liberté lui répond qu'elle apparaît dans certains fichiers de la police et de l'armée. Elle n'a pourtant jamais été condamnée, ni même suspectée, et n'a jamais eu aucun rapport avec l'armée, même dans un cadre professionnel. 

Camille Polloni va donc engager une longue bataille devant la justice administrative

Elle va d'abord remporter son procès et obtenir une annulation du refus de se faire communiquer les informations qui la concernent. Mais devant le Conseil d’État, changement de ton : Camille Polloni comparait devant une section composée de conseillers habilités "défense".  Elle va assister aux premières minutes de l'audience mais sera contrainte de quitter la salle pour le reste des débats. Et le 8 novembre dernier, le Conseil d’État rend un arrêt reconnaissant que des données illégales figurent dans un fichier des renseignements militaires et ordonnant à la ministre de les effacer. Mais impossible de savoir quelles sont ces informations illégalement enregistrées, ni même leur nature. Impossible également de savoir si d'autres informations qui seraient jugées légales y figurent.   

Cette incroyable nébuleuse, a été créé de toutes pièces par la loi sur le renseignement de 2015, constate Camille Polloni ;

Avant la création de la DCRI en 2008, beaucoup de Français pouvaient avoir accès à leur dossier aux Renseignements Généraux, mais aujourd'hui, ce n'est plus du tout possible. Les services de renseignement refusent de séparer ce qui serait classifié de ce qui ne le serait pas. Et refusent même de communiquer l'information selon laquelle on figurerait dans les fichiers, parce qu'ils considèrent que le simple fait de savoir si une personne est fichée porte atteinte à l'ensemble du but poursuivi par le fichier.   

Néanmoins, Camille Polloni invite chaque citoyen qui le souhaite à engager la démarche

C'est vrai que c'est difficile, il faut se défendre avec un avocat, mais ça démontre que l'exercice d'un droit théorique peut dans notre pays se heurter à bien des obstacles, et en particulier celui du secret défense. 

Aujourd'hui, Camille Polloni ne veut pas se contenter de cette réponse du Conseil d’État. Elle dépose une plainte pour "collecte illégale de données" et saisit la Cour européenne des droits de l'homme pour atteintes aux droits au respect de la vie privée et à un recours effectif. Ce qui relance la procédure de plusieurs années avant d'espérer avoir un jour le droit de savoir ce que le fichier du renseignement militaire contenait d'illégal.

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