Par Franck Cognard

extraction ADN
extraction ADN © Radio France / CIMMYT

Avant-hier, à Lyon et à Strasbourg, deux affaires de viols et de meurtre ont été résolues, respectivement 13 et 27 ans après les faits. Dans ces deux cas, comme dans l'affaire Elodie Kulik, ces rebondissements sont dus aux avancées scientifiques, et notamment aux recherches ADN. De plus en plus, la police arrive à résoudre ce que les Américains appellent des "cold cases".

Il y cinq ans, la police judiciaire française a été sensibilisée à ces affaires non résolues. Une note a été adressée aux enquêteurs, partout en France : « n'hésitez pas à rouvrir de vieux dossiers et à les réexaminer ». Par exemple, aujourd'hui, on sait qu’une identification peut être faite grâce aux empreintes palmaires (la paume de la main plutôt que le bout des doigts). C’était impossible il y a 10 ans. L'ADN peut aujourd’hui être extrait à partir de micro cellules ; c’était impensable il y a quelques années.

Alors évidemment, il y a des conditions pour que ressortent ces affaires qui datent. D'abord, il faut que les scellés existent encore.

Frédéric Malon, patron de l'OCRVP, l'Office de répression des violences aux personnes :

La première condition, effectivement, c’est que ces scellés aient été conservés, qu’ils l’aient été dans de bonnes conditions –et non pas par exemple sous un emballage plastique humide, mais plutôt dans des enveloppes cartonnées, par exemple, et dans un endroit sec.

Autre condition pour que la justice (puisque c’est elle qui le fait formellement) rouvre un dossier : la prescription.

Elle est de 10 ans dans les affaires criminelles, donc il faut impérativement que cette prescription ait été interrompue par des actes judiciaires, au plus tard tous les 10 ans. Mais il n'y a pas que l'ADN, même si on en parle beaucoup, qui permet de « sortir » (comme le disent les policiers dans leur jargon) ces affaires non résolues. Il y a aussi l'utilisation de nouveaux fichiers comme celui des délinquants sexuels, le fichier Salvac, qui permet des recoupements entre crimes au mode opératoire similaire, ou encore il y a la connexion avec des fichiers étrangers via Interpol.

- Sait-on combien il y a d'affaires non résolues dans les tiroirs de la police ?

Non, on ne sait pas précisément, mais on peut faire un calcul à la louche pour les dossiers où il y a eu homicide ou tentative d’homicide. Il y en a à peu près 1500 par an en France, et 95% sont résolus par la police. Donc 75 affaires sont non résolues chaque année. Sur un quart de siècle, cela en fait donc environ 2000.

Attention, toutes ne sont pas ré-examinables : prescription, scellés détruits ou impossibles à exploiter...

Et puis il y a la nature de l'affaire à prendre en compte : la police s'intéressera plus à un meurtre d'enfant qui date de 20 ans qu'à un règlement de compte entre truands qui date de 20 ans.

On peut estimer qu’au cours de la décennie qui vient de s'écouler, plusieurs dizaines d'affaires ont été exhumées des archives et résolues. Il n’y a pas de chiffrage policier plus précis que ça.

Sachant aussi que pour qu'une affaire soit rouverte, il faut qu'elle appartienne à la mémoire collective, comme l’affaire Grégory. Ou bien il faut qu’un policier ou qu'un magistrat s'en souvienne très précisément. Frédéric Malon appelle ça « la pugnacité de l'enquêteur ».

Frédéric Malon :

Pour un enquêteur d’un service d’enquêtes criminelles, il est évident qu’il y a toujours un sentiment de frustration à ne pas élucider ces affaires qui font parties des affaires les plus graves, ces affaires d’atteintes aux personnes. Donc il y a, je pense, chez la plupart de mes collègues, cette volonté de faire aboutir la vérité un jour.

La crainte de Frédéric Malon, avec ces réouvertures de veux dossiers, c'est la crainte des faux espoirs donnés aux parents des victimes car il n'y a aucune garantie de réussite.

Toutefois, il précise que d'autres outils pourraient, dans les années qui viennent, permettre de nouvelles avancées. Il parle d'odeurs. Une odeur, c'est un composé chimique qu'on peut donc identifier, décomposer et analyser.

Verra-t-on bientôt des affaires -vieilles ou actuelles- être résolues grâce aux traces olfactives ? C'est de la police-fiction pour l'instant, mais il faut se souvenir qu’il y a 40 ans, l'identification par l'ADN était aussi de la police-fiction.

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