C'est la semaine prochaine que le tribunal de Paris rendra son jugement dans l'affaire qui oppose l'ancienne présidente du Syndicat de la Magistrature aux victimes du fameux "mur des cons". Les magistrats devront déterminer s'il s'agit là d'injures publiques.

Au palais de justice de Paris
Au palais de justice de Paris © Radio France / Jean-Philippe Deniau

Le mur des cons était un assemblage de photos épinglés sur un des murs du bureau du syndicat, qui représentait des personnages dont les propos avaient déplu au SM. Ce mur des cons serait resté méconnu de tous si un journaliste qui passait par là ne l'avait pas filmé et diffusé. Peut-on dès lors parler d'injures publiques, puisque ce mur des cons ne se situait pas dans un local destiné à recevoir du public et que le syndicat n'était pas à l'initiative de la publicité qui en a été faite ? Dans la négative, le syndicat serait relaxé. 

Mais qu'elle est conne, celle-là !

C'est ce qui s'était passé dans une autre histoire de con, celle qui a opposé Nadine Morano à Guy Bedos. Lors d'un spectacle à Toul, la terre d'élection de l'ancienne ministre, l'humoriste s'était un peu lâché en la traitant de conne. Et bien plus encore : "Ah la salope... qu'elle est vulgaire, mais qu'elle est conne celle-là ! Je l'emmerde ! Elle répète sans arrêt : le peuple, je connais, j'en viens. Bah retournes-y, connasse". On pouvait légitimement penser qu'en portant plainte pour injures, Nadine Morano avait de grandes chances de convaincre les tribunaux. Mais au bout de 3 procès, la cour de cassation a relaxé Guy Bedos. L'ancienne ministre avait porté plainte pour injures sur personne chargée d'un mandat public, mais la justice a estimé que les termes employés par l'humoriste ne visaient pas l'élue de la république mais Nadine Morano elle-même. Comme le soutient le Syndicat de la Magistrature dans l'affaire du mur des cons, Nadine Morano n'avait donc pas utilisé la bon texte de loi pour motiver sa plainte. 

Si tous les cons volaient...

Autre moyen d'obtenir, sinon la relaxe, du moins une certaine indulgence du tribunal, voici la ligne de défense culottée que le journaliste Jean-François Kahn a développé en 1985, quand il a fondé l'Evènement du Jeudi. Il était poursuivi pour avoir publié un article dans lequel il écrivait à propos de son confrère de France-Soir Guy Baret que "si tous les cons volaient, Baret serait pilote de ligne". Devant le tribunal, Jean-François Kahn a tenté de convaincre ses juges que oui, Baret était vraiment un con. Et son avocat derrière a plaidé l'excuse de provocation. A la fin, le tribunal a quand même condamné Jean-François Kahn à 1 500 F d'amende. Mais les magistrats ont tenu, je cite, à "faire une application modérée de la loi pénale". En expliquant d'abord qu'on ne connaissait pas l'origine injurieuse du terme con qui depuis le XIII° siècle désigne le sexe de la femme. Ils relèvent ensuite avec malice que la phrase "si tous les cons volaient, Baret serait pilote de ligne" démontre "que M. Baret serait un con de qualité". Et le jugement se poursuit ainsi : "la sagesse populaire n'affirme-t-elle pas qu'un con trouve tout con ? Ce petit mot ne serait-il pas une sorte de miroir qui renvoie la fidèle image de celui qui l'utilise à tort et à travers ? ". Le tribunal conclura même que "cet ensemble de considérations incite à l'indulgence, sinon au pardon". Plus qu'un jugement, un véritable requiem.

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