Pierre Bonnard, portrait de Berthe Schaedlin
Pierre Bonnard, portrait de Berthe Schaedlin © deflam

Dans l'affaire Wildenstein, malgré la mort de sa cliente Sylvia Wildenstein en 2010,l'avocate Claude Dumont-Beghipoursuit son combat et révèle peu à peu les secrets d'une dynastie de marchands d'art.

Sylvia a partagé pendant quarante ans la vie du milliardaire Daniel Wildenstein, marchand d'art de renommée mondiale, troisième de la lignée. Ils vivent à Paris et New-York. Dans leur salon, ils accrochent des tableaux des Gauguin, des Monet et des Bonnard, surtout. C'est le plus gros coup de Daniel Wildenstein : dans les années 1950, il a racheté à bon prix toute la succession, 180 tableaux du maître qu'il expose dans ses galeries ou prête à des musées. Le couple côtoie Marilyn Monroe, est invité au mariage de Charles et Diana... Leurs purs-sangs gagnent les plus grandes courses, ils achètent des résidences secondaires démesurées aux Iles Vierges et au Kenya.

C'est dans leur parc de 30 000 hectares que fut tourné Out of Africa.

A la mort de son mari, en 2001, Sylvia apprend pourtant par ses deux beaux fils que Daniel est quasiment ruiné. Alec et Guy la poussent à renoncer à la succession, en échange de son très grand appartement parisien et d'une rente. Deux ans plus tard, Sylvia Wildenstein saisit une avocate pour contester cet accord. Il lui faut reconstituer le patrimoine de son mari défunt. L'avocate Claude Dumont-Beghi raconte sa chasse aux trésors dans les plus grands musées du monde et dans les paradis fiscaux.

Conseillés par de grands avocats, Alec et Guy ne lâchent rien. Guy Wildenstein bénéficie par ailleurs de solides appuis politiques : dirigeant de l'UMP aux Etats-Unis, sans cette affaire, il se serait sans doute présenté aux prochaines législatives. C’est un donateur du premier cercle et un ami de Nicolas Sarkozy, qui le fait commandeur de la Légion d'Honneur en 2009.

Au même moment, les courriers de Me Dumont-Beghi au Fisc et au ministre du Budget restent sans réponse.

- Pourtant, le combat pour la succession Wildenstein va mettre au jour un système de fraude fiscale que la justice et le gouvernement ont longtemps voulu ignorer.

Je passe sur les succès et les revers de la procédure judiciaire. Sylvia Wildenstein obtient gain de cause en 2005, mais la décision est annulée en 2008. La même année, son beau-fils Alec meurt. Surprise, sa veuve transmet enfin des documents sur le patrimoine des Wildenstein, où l'on découvre que leur fortune a été dispersée et bien dissimulée dans des trusts, ces structures juridiques anglo-saxonnes dont les paradis fiscaux se sont fait une spécialité. Dix-huit Bonnard sont ainsi logés dans un trust aux Bahamas, pourtant au nom de Sylvia.

Les tableaux, eux, dorment dans un port-franc de Genève. Des entrepôts au statut très particulier, où les marchandises échappent au contrôle des douanes.

Pas de quoi émouvoir, dans un premier temps, la justice française. Elle reconnaît, en 2010, que l'évasion du patrimoine dans des sociétés étrangères et des trusts est une pratique « conforme à la tradition familiale des Wildenstein ».

Sylvia et Claude Dumont-Beghi décident, en 2010, de porter l'affaire au pénal. Une véritable enquête commence enfin, avec deux juges du pôle financier, et promet d'ouvrir la boîte de Pandore. Une perquisition à l'Institut Wildenstein, à Paris, permet de retrouver des œuvres volées ou disparues.

L'affaire devient médiatique ; Bercy fini par s'y intéresser. Le Fisc a notifié, le 1er février, aux ayants-droits de Daniel Wildenstein, un redressement fiscal de 600 millions d'euros.

Une chronique de Sara Ghibaudo

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