Aux assises, on juge les auteurs présumés de crimes. Et parfois, on juge aussi ceux qui sont soupçonnés d’avoir su et de n’avoir rien dit. Mardi, un homme était jugé à Reims pour ne pas avoir dénoncé un voisin qui frappait l'enfant de sa compagne, jusqu'à ce qu'il en décède.

Les avocats arrivent au palais de justice
Les avocats arrivent au palais de justice © Radio France / Matthieu Boucheron

Retour sur une affaire similaire jugée en 2008 aux assises de Douai. Dans le box, il y avait Isabelle, la mère du petit Marc, et David qui a frappé l'enfant et provoqué son décès. Mais sur le banc des prévenus, il y avait aussi les silencieux : médecins, famille, amis, soupçonnés d'avoir su et de n'avoir pas alerté. 

Les violences sur Marc ont duré 6 semaines, 50 jours d'enfer depuis les premières claques jusqu'à ce 25 janvier 2006 où il s'éteindra, le corps en vrac : ecchymoses, fractures, lésions, plaies, traumatismes, brûlures de cigarettes… 

- J’ai relevé 66 hématomes, précise le président de la cour d'assises du Nord. 

Les parents seront condamnés à 30 ans de réclusion criminelle pour la mère, la perpétuité pour le beau-père. Mais cette fois-ci, la justice s'est également intéressée à ceux qui auraient pu donner l'alerte. Le médecin de famille. Le bon Docteur T, il a vu l'enfant avec des ecchymoses et des griffures sur les bras.

- La mère m'a expliqué que Marc était colérique et jaloux, l'enfant est resté mutique, alors j'ai diagnostiqué un trouble du comportement

- La visite a duré 5 minutes ? s'étonne le président

- La mère voulait juste une ordonnance 

- Ah bon, c'est le patient qui décide ce qu'il veut chez vous ?

- Je connaissais la mère et l'environnement familial, j'en ai conclu à une automutilation. 

Et cet autre médecin qui a vu l'enfant une semaine avant son décès. Pas mieux. 

- J'ai été frappé par son absence d'expression, concède le docteur V., j'ai pensé qu'il était hyperactif. Sa mère m'a dit qu'il s'automutilait. Alors j'ai fait un courrier pour une consultation en psychiatrie. 

L’avocat général Luc Frémiot interroge : 

- Mais vous ne l’avez pas ausculté ?

- Non, peut-être au stéthoscope…

- Mais il souffrait d’une broncho pneumonie !

- Non, je m’en serais aperçu, peut-être avait-il un œdème, mais un œdème, ça ne s’entend pas.

- Mais il avait les côtes brisées !

- Je n’appuie pas suffisamment avec le stéthoscope pour faire mal, et je n’ai pas soulevé le maillot.

- Vous croyez qu’on peut se contenter de cette réponse, Docteur ?

La cour entendra aussi les autres : 

Floriane, une amie d’Isabelle, aide-maternelle. Elle a vu Marc chez lui 3 semaines avant son décès. 

- Il était gêné pour monter les marches, raconte-t-elle, il avait une bosse jaune et une morsure séchée. 

Floriane a bien failli appeler le 119. Mais...

- J’ai hésité, j’ai composé le numéro et j’ai raccroché. J’ai pensé que je n’avais pas le droit de faire ça à Isabelle parce que je pensais qu’elle saurait soigner son enfant.

Et Patricia, la tante de Marc. 5 jours avant la mort du petit bonhomme. Il était couvert de bleus, le visage tuméfié. 

- Je m'suis dit qu'il était soigné... tente Patricia

- Isabelle vous a dit qu'il était tombé dans l'escalier et vous ne lui posez pas de question ? s'étrangle l'avocat général. Personne peut vous croire, vous dites n'importe quoi devant cette cour d'assises. 

Pour tous les silencieux, la cour prononcera des peines d'un à 2 ans de prison avec sursis, 45 et 60 000 euros d'amende pour les médecins. 

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