Jean-Yves Moyart, avocat pénaliste au barreau de Lille, est mort samedi 20 février 2021 à l'âge de 53 ans, après 4 ans de lutte contre le cancer. Il s'était surtout fait connaître sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de Maître Mô. Hommage à une plume sensible, trempée dans un océan d'humanité.

Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô
Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô © Twitter / @JYMoyart

Maître Mô :  son pseudo allait comme un gant à cet amoureux des mots et des jeux qui vont avec. Jean-Yves Moyart aurait voulu être journaliste ; devenu avocat un peu par hasard, il s'était découvert une vocation : défendre ; tout en assouvissant sa soif d'écrire. On est en 2008. Un avocat règne alors sans partage sur le monde des blogs. Maître Eolas, explications didactiques et ton décapant, décrypte les arcanes du droit, et ça cartonne. Un jour, un internaute lui conseille le blog d'un confrère lillois. Le billet s'appelle "Misérable", et ça commence comme ça.

Elle est l’une des neuf détenus qui comparaissent ce jour là devant la cour d’appel. Elle est assise avec les autres sur son banc, prostrée, le regard vide et la bouche ouverte, son vêtement de pluie jaune vif et trop grand pour elle boutonné jusqu’au cou, tache de couleur dans l’océan de bleu des gendarmes des escortes, qui attire immédiatement le regard. Elle est beaucoup trop frêle, beaucoup trop jeune, beaucoup trop “absente”, beaucoup trop menottée; on se dit d’emblée qu’elle ne devrait pas être ici.

Maître Mô raconte l'histoire d'Odile, qui a tenté de voler une paire de chaussettes dans un grand magasin; atteinte de troubles psychiatriques, elle a été condamnée à 1 an de prison ferme, en application des peines plancher. Dans ses récits captivants, Maître Mô s'indigne, s'émeut, tremble ou se réjouit, selon les affaires. Il raconte aussi les affres de l'écriture d'une plaidoirie, la chemise trempée de sueur, les idées qui se bousculent, l'angoisse de ne pas réussir, pour celui qu'il défend. 

Le coup de pouce de maitre Eolas fait exploser son blog. En 2011, 14 de ses chroniques sont éditées en un livre dont on espère aujourd'hui la réédition, intitulé "Au guet apens". 14 histoires qui secouent, comme celle de Noël, jugé pour avoir torturé un type encore plus paumé que lui. Ou celle de Jade, petite fille agressée par son beau-père, qui trouve le courage de parler. En décembre 2011, Jean-Yves Moyart avait expliqué à France inter sa conception de son métier d'avocat, de cette belle voix grave et chaleureuse qui n'a jamais eu besoin de micro pour se faire entendre dans les prétoires.

Je suis assez persuadé qu’à 80%, les affaires dans lesquelles j’interviens, très souvent, auraient pu m’arriver. Il suffisait de pas grand-chose. Il suffisait que je naisse ailleurs, dans un milieu un peu plus défavorisé… Je continue croire qu’il y du bon dans chaque homme et que l’un des boulots de l’avocat est de le trouver et de l’exposer.  L’avocat est le frère en humanité de son client. C’est la meilleure définition, je crois, de mon métier.

Depuis sa mort samedi dernier, des centaines de messages ont afflué, et continent d'affluer sur twitter. Car le bloggeur était devenu twitto, et l'un des plus suivis du "barreau de twitter", cohorte hétéroclite d'avocats ayant en commun d'aimer la castagne verbale et le champagne. Maître Mô était suivi par plus de 70.000 personnes; chose étrange, son compteur d'abonnés continue d'augmenter depuis sa disparition.

Ceux qui ont rencontré Jean-Yves Moyart en vrai, lors du procès intenté par Denis Baupin où il défendait l'une des femmes qui l'accusaient d'agression sexuelle, par exemple, et surtout à Lille, où il plaidait très souvent aux assises, saluent son humanité, son talent et son élégance. Même, et surtout, pour défendre un homme accusé des pires horreurs, meurtrier, assassin, violeur ; il cherchait la lumière, toujours, même au fond de l'abîme. 

Sur twitter, on lit les souvenirs tendres ou drôles - car Mô était un sacré déconneur - d'avocats, de magistrats, de greffiers, de policiers, d'étudiants, de parties civiles qui l'ont croisé. Mais aussi des hommages de personnes qui ne le connaissaient que virtuellement, touchés par sa bienveillance,  ses petits messages d'encouragement, sa pédagogie. On racontera un jour comment après le verdict au procès en appel de Jacqueline Sauvage, il a éclairé l'auteur de ces lignes, lui évitant ainsi de raconter trop de bêtises. 

Comme l'écrit Baronne d'Auvergne qui se définit sur twitter comme "futur greffier":

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Et en effet, ce n'est pas rien, au milieu des flots de hargne qu'on y lit trop souvent. Pour ça et pour tout le reste, chapeau Maître Mô. Et coupette!

Son blog est ici : maitremo.fr

Pour ceux qui souhaitent faire un geste, sa famille suggère de faire un don au Centre Oscar Lambret, Centre régional de Lutte Contre le Cancer en Hauts de France.

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