ParNathalie Hernandez

Le contrôleur général des lieux de privation de libertés en interpellait mardi le gouvernement sur la question de la semi liberté dans un avis paru au Journal Officiel.

Les promesses, c'est bien, résume Jean-Marie Delarue, mais les actes c'est mieux. Il fait de cet aménagement de peine un constat plutôt calamiteux.

La semi liberté, ce sont quelques heures accordées a un condamné pour qu'il puisse sortir pour, par exemple, trouver un travail ou se soigner. Cette mesure, révocable à tout moment, est décidée soit par le juge dès la condamnation, soit ensuite par le juge d'application des peines. Cela vaut uniquement pour des peines inférieures ou égales à deux ans. Le reste du temps, la personne sera placée dans un centre ou un quartier de semi liberté.

Sur le papier, cela semble simple, mais dans la pratique, cet aménagement de peine cumule les lourdeurs. Il ne dure en général que quelques mois d'ailleurs. Premier obstacle, pour le contrôleur Jean-Marie Delarue : le délai de la mise en œuvre de la semi liberté.

Jean-Marie Delarue : « L’encombrement des greffes des tribunaux fait qu’il fait des délais considérables qui peuvent atteindre jusqu’à 2 ans. Ce qui signifie que pendant 2 ans, les gens qui restent entre dans l’incertitude de savoir quel va être leur sort. Si vous avez, à l’appui de votre demande de semi liberté, formulé par exemple l’idée que vous avez un emploi qui vous attend, et bien cet emploi aura toutes chances de disparaître pendant les 13 mois d’attente »

Après, c’est au détenu de s'organiser pour trouver un travail, ce qui ne sera pas forcément aisé. Il y a actuellement 1.813 personnes qui bénéficient de la semi liberté, soit moins de 3% des détenus. Sur les 11 centres dédiés, certains sont à moitié vides, car loin de tout. Dans les autres, les conditions de vie sont parfois exécrables, dans des locaux vétustes et surpeuplés. Dans ce cas, comment réussir sa réinsertion ?, s'interroge le contrôleur général des prisons.

Jean-Marie Delarue : « Au fond, c’est comme si on accordait une liberté du bout des lèvres. L’exemple type, situé dans la vie d’aujourd’hui, c’est le cas d’un malheureux à qui 3 heures de liberté par jour ont été allouées pour chercher un emploi : il a 3 heures entre 9h et midi, mais il met une heure pour aller en centre-ville et une heure pour revenir, donc reste une heure pour voir des employeurs, pour voir Pôle Emploi, etc. Tout cela n’est pas tout à fait raisonnable. Il y a des échecs en semi-liberté, qui sont de l’ordre de 1 sur 5. Ce n’est pas énorme, mais c’est encore trop et je pense que si les conditions étaient bien réunies pour que cette semi liberté soit bien organisée, on n’aurait pas 1 échec sur 5 mais 1 sur 10 ou moins d’échecs de la semi liberté »

-Que préconise Jean-Marie Delarue pour remédier à cela ?

C'est simple : il faut plus de travailleurs sociaux, car ces conseillers pénitentiaires ne peuvent remplir leur mission, ils ont trop de dossiers à suivre. Le contrôleur Delarue a, semble-t-il, été entendu. La chancellerie annonce la création de 803 places en centre-ville ou en périphérie, et 63 créations de postes. Pas sûr que ce soit suffisant : les parlementaires en préconisaient un millier.

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