Bagne Ile des Pins (Nouvelle Calédonie)
Bagne Ile des Pins (Nouvelle Calédonie) © Gérard Janot

L’Observatoire International des Prisons publie ce mois-ci dans la revue Dedans Dehors un dossier sur le centre pénitentiaire de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

Le « Camp-Est », comme on l'appelle, serait, selon l’OIP, digne d'un bagne post-colonial. Le constat fait en octobre dernier par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté est accablant.

Si je vous dis qu'il y a jusqu'a six détenus dans une cellule de la taille d'un ascenseur, soit 12m², avec trois lits superposés d'un côté, deux de l'autre, et au milieu, jeté à même le sol, un matelas, sur un sol crasseux et humide où circulent des rats et des cafards ? Vous n'allez sans doute pas vouloir me croire… C'est pourtant ce qu'écrit le contrôleur général.

Le centre pénitentiaire de Nouméa s'est même vu décerner la palme de la prison la plus pourrie de la République en 2010. En pleine campagne électorale, voilà qui s'ajoute au malaise des personnels pénitentiaires en colère depuis presque un mois et qui attendent toujours d'être reçus par leur hiérarchie. Sans oublier la surpopulation carcérale qui continue sa courbe exponentielle : +4,7% au 1er avril dernier par rapport à l'année dernière à la même époque. A Nouméa : pour 218 places il y a 430 détenus.

A 17.000 kilomètres de la métropole, dans cet ancien territoire d'Outre mer, les conditions de détention relèvent en effet de celles du bagne. La table est une planche d'un lit que les détenus ont cassé ; seules deux personnes peuvent y manger racontent-ils, car les tabourets servent de pieds et à proximité des WC.

La liste est encore longue : 4 douches pour 24 prisonniers, souvent bouchées. Ils préfèrent alors trafiquer le tuyau des toilettes pour se laver à l'eau froide, mais en cellule.

Les activités ou le travail sont quasiment inexistants. L'unique formation professionnelle occupe maximum 12 personnes, rapporte le contrôleur, et le détenu peut passer 23 heures sur 24h dans sa cellule. Violence exacerbée et problèmes de santé en cascade rythment dramatiquement la vie du Camp Est.

  • Que répond le ministère de la Justice à tout cela ?

Il y a eu près de 10 millions d'euros débloqués depuis une dizaine d'années, mais ils ont essentiellement servi au renforcement de la sécurité. Pour une bonne raison : là encore, Nouméa détenait un nombre d’évasions inhabituel.

Si un projet de rénovation et de reconstruction a été déposé pour cette année, l'administration pénitentiaire a essuyé un refus de la mairie de Nouméa. Sur ce terrain, elle veut implanter un site touristique, pas une prison. L'Etat va devoir trouver un autre endroit.

Mais surtout, souligne l'OIP, ce qu'il faudrait, c'est développer les alternatives et les aménagements de peine comme les travaux d'intérêt général, ce qui éviterait la surpopulation. La plupart des détenus sont de jeunes kanaks ; un tiers d'entre eux pour des peines de moins d'un an de prison.

Une chronique de Nathalie Hernandez

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