Dans le vieux palais de justice de Paris, tous les procès sont renvoyés, mais chaque jour, salle René Cassin, les magistrats de la 8è chambre siègent encore pour régler les questions qui ne peuvent attendre, ces dossiers dans lesquels sont tranchés le sort des détenus.

Dans un tribunal
Dans un tribunal © Radio France / Matthieu Boucheron

C’est une audience normale… qui n’a rien de normal. 

Quand elle entre dans le box entre deux gendarmes, un masque sur la bouche, Natou est déjà en larme. Natou est guyanaise, elle a 33 ans. Elle vit avec sa mère à Saint-Laurent-du-Maroni, et, avec 2 000 euros par mois, Natou élève ses 5 enfants ainsi que sa nièce orpheline depuis l’été dernier.  Alors, "pour avoir un peu d’argent", elle a fait comme beaucoup de Saint-Laurentais : elle a traversé le fleuve Maroni, elle est allée voir les piroguiers du Surinam, ils lui ont confié quelques kilos de cocaïne, puis elle a pris un billet pour Paris où un contact devait récupérer la marchandise à la sortie de l’aéroport d’Orly. Natou a joué les mules. 

Mais les douaniers l'ont repérée. Dans sa valise, 6 kg 787g de poudre blanche. "Je savais qu’il y avait 1 kilo de cocaïne mais on m’avait dit que le reste, c’était du lait en poudre" se défend maladroitement Natou sans que l’on sache si elle tente le tout pour le tout, ou si elle est vraiment sincère, après tout. Mais qu’importe. Au tribunal de Créteil devant lequel s’est terminée son pitoyable voyage en novembre dernier, Natou a été condamnée à 30 mois de prison avec mandat de dépôt. Aujourd’hui, la cour d’appel va confirmer sa condamnation, en soulignant que d’habitude, pour une telle quantité de drogue, les peines sont beaucoup plus sévères, mais qu’on a pris en compte sa situation et son casier judiciaire vierge. 

C'est vrai que 30 mois de prison pour presque 7 kilos de cocaïne, c'est modéré, comme l'a souligné l'avocate générale. Seulement voilà, entre temps le coronavirus a changé bien des choses pour Natou qui n'avait jamais mis les pieds en métropole. 

-         "Je m’en veux" pleure-t-elle dans le box, "je ne me sens pas bien en prison". 

-         "Mais pourquoi avez-vous fait ce trafic ?" cherche la présidente. 

-         "Je n’avais pas de travail, mes enfants ont 13 ans, 11 ans, 8 ans, 4 ans et 3 ans. Et ma nièce 3 ans aussi. Ils sont seuls avec ma mère. S’il lui arrive quelque chose…" Natou essuie ses larmes avec un pan de son tee-shirt

30 mois de prison. Avec une conduite exemplaire, avec ce qu'elle a déjà purgé, avec les remises de peine habituelles et celles qui vont s'ajouter avec la loi d'urgence sanitaire, Natou devrait pouvoir sortir cet été. Rentrer à Saint-Laurent du Maroni. "Et ne plus jamais revenir" promet-elle à la cour. Natou remet son masque et quitte le box, entre deux gendarmes. 

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.