Par Corinne Audouin

Pendant 4 mois, la mère et le beau-père de la petite Fiona ont menti, inventant le scénario d'une disparition, alors que la petite fille était morte. Comment expliquer cet incroyable mensonge ?

Cécile Bourgeon la mère de Fiona
Cécile Bourgeon la mère de Fiona © MaxPPP/Francis Campagnoni

Le 12 mai dernier, Cécile Bourgeon signale la disparition de sa fille dans un parc très fréquenté de Clermont Ferrand. Quelques jours plus tard, elle lance un appel à l'aide.

Il y a deux semaines, la jeune femme dénonçait les lenteurs de l'enquête. Alors avec le recul, ces mensonges répétés accompagnés de larmes, font froid dans le dos et mettent en colère tous ceux qui ont été émus par cette mère, avec le sentiment de s'être fait manipuler. Pourtant, le phénomène n'est pas inédit et rappelle deux affaires récentes, celles de Marina, au Mans, et de Typhaine, dans le Nord.

Dans ces deux affaires: la même spirale du mensonge . Les parents de Marina avaient mis en scène la pseudo disparition de leur fille sur le parking du Mac Donald, alors qu'elle était morte et enterrée depuis un mois. La mère de Typhaine avait raconté avoir perdu sa fillette dans la foule, dans le centre de Maubeuge.

Le premier enseignement à tirer de ces histoires, c'est que ces parents et beaux parents, responsables de la mort de ces enfants se sont tous dit soulagés de leur arrestation; soulagés surtout de ne plus avoir à mentir. C'est ce qu'a également exprimé la mère de Fiona. Car on a beau mentir avec aplomb, ce clivage, comme disent les psychiatres, ne peut pas tenir éternellement. Le père de Marina avait lui expliqué que malgré tous ses bobards, il s'attendait et espérait même se faire arrêter. Des propos qui mettent à mal l'image du pervers machiavélique qui aurait tout manigancé. Le mensonge répété ressemble plutôt, ici, à une fuite en avant incontrôlée.

Les médias, aussi, ont leur part de responsabilité. C'est le deuxième enseignement. Une fois le mensonge dit devant les caméras, il devient très difficile, voire impossible, de faire marche arrière. On avait beaucoup dit que le beau-père et la mère de Typhaine s'étaient pavanés devant les caméras. On a appris, au procès, qu'ils n'avaient en fait pas maîtrisé grand-chose, et que c'était le Maire, harcelé par les médias, qui avait organisé leur conférence de presse. C'est ce qui s'est sans doute passé pour la mère de Fiona, incitée à répéter toujours en boucle la même fiction, celle de la maman éplorée.

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Ce qui est rassurant -et c'est la dernière leçon de l'histoire- c'est que tout le monde ne s'est pas fait avoir. Pour Fiona, la police avait mis les parents et leurs proches sur écoute ; c'était le même scénario pour Typhaine. Au procès, à Douai, un policier du SRPJ de Lille était venu raconter comment les enquêteurs avaient tout de suite perçu le récit de la mère comme un tissu de mensonges truffé d'incohérences.

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Mais, avait-il dit, c'était une mère de famille, présentée dans la presse comme une victime, alors on n’avait pas droit à l'erreur. Les policiers avaient donc pris le temps nécessaire pour rassembler suffisamment d'éléments. Voilà en tous cas de quoi nous faire réfléchir, public comme médias, à notre crédulité.

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