Par Franck Cognard

Livres noirs
Livres noirs © alexanderward12

Ils se racontent, et c'est un vrai phénomène d'édition : depuis une petite dizaine d'années, les livres signés par des policiers ou des voyous se multiplient.

Qu'est-ce qui les pousse à écrire, à raconter leurs braquages, leurs arrestations, leurs enquêtes ?

Qui sont ces flics et ces truands qui noircissent les pages plutôt que des procédures judiciaires ?

Généralement, leurs livres sont plutôt bien exposés sur les présentoirs des librairies. Ces livres sont signés Michel Ardoin, dit le Porte-Avions, Laurent Fiocconi, dit Charlot, ou Redoine Faïd. Ils sont « voyous » ou « rangés des voitures ». Ils s'appellent encore Frédéric Péchenard, Bénédicte Desforges ou Daniel Bourdon. Eux sont flics, ou l'étaient. Qu’est-ce qui peut bien les pousser à se raconter ? Par exemple, qu'est-ce qui a motivé Laurent Fiocconi à raconter ses années de trafiquants de coke en Amérique du Sud, ses séjours en prison. Une question posée au journaliste et éditeur à la Manufacture des livres Jérôme Pierrat, qui a accouché et signé plusieurs truands.

Jérôme Pierrat : « Il y a effectivement une première partie de ex-voyous qui ont envie de laisser un témoignage, généralement à leurs enfants, et cela effectivement c’est à prendre avec des pincettes car on imagine bien que quand on laisse une vie de voyou à ses enfants, on n’est pas enclin à tout raconter. Il y a une autre frange qui est purement mercantile : ceux qui pensent qu’ils pourraient gagner à l’Euromillion en faisant de l’édition, une frange qui d’ailleurs n’espère pas longtemps gagner de l’argent avec des livres mais pense que leur histoire peut être adaptée au cinéma. Et puis vous avez ceux qui se laissent convaincre de témoigner dans un but purement documentaire. Ce sont des gens qui ont vécu des vies extraordinaires au vrai sens du terme. »

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Il ne faut pas être trop dupe non plus de ces livres de truands : tout n'y est pas dit. Certains cachent des assassinats, d'autres des faits d'armes finalement peu glorieux et certains, comme Redouane Faïd qui, dans son livre, expliquait combien le chemin du crime n'est pas à prendre, ont replongé et sont en détention aujourd’hui. Et puis, aucun truand n'a renouvelé le succès de Papillon , récit de détenu du bagne de Cayenne, qui s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires et qui a été adapté au cinéma avec Steve Mac Queen.

  • Et du côté des policiers ou anciens policiers, quelles sont les motivations ?

Alors, côté police, c’est un petit peu plus compliqué. Il y a eu une époque, dans les années 1970-80-90, où les grands flics s'appelaient Broussard, Aimé Blanc, Pellegrini. Ils étaient vus à la télé pour les affaires qu’ils avaient à traiter et ils sont aussi devenus célèbres aussi parce qu'ils avaient des adversaires célèbres, comme Mesrine ou Action directe, et que leur hiérarchie leur laissaient une assez grande liberté.

Aujourd'hui, pour qu’un policier écrive, il faut qu’il soit commissaire, ou directeur de service à la retraite et là, c’est un peu « ma vie, mon œuvre ». Le genre a cependant été renouvelé en 2007, grâce à un livre : Flic , chronique de la police ordinaire , de Bénédicte Desforges, avec pas loin de 80.000 exemplaires vendus. Pourquoi s'est elle lancée dans l'écriture ?

Bénédicte Desforges : « Je suis vraiment un flic lambda. Je n’ai jamais fait partie d’un service d’élite, je n’ai jamais fait partie d’un service spécialisé, j’ai un petit grade, je n’ai tué personne, je n’ai arrêté personne de connu, j’ai même passé des journées à m’emmerder au boulot. Mais c’est ça qui est intéressant à raconter. Quand j’ai commencé à écrire ces histoires, je n’écrivais pas des histoires de flics, j’écrivais des histoires de rue, en me disant que j’avais un poste d’observation qui était archi archi privilégié. Et même un commissaire police ne voit pas ce qu’un gardien de la paix voit. Nous, on est complètement en amont, on a la matière brute de ce qui se passe et c’est drôlement intéressant

Dans le même genre, Daniel Bourdon a raconté dans Flag ses années de Bac, de Brigade Anti Criminalité. Là encore, c’est du vécu au quotidien. Et puis il y a aussi quelques fois chez ces livres de policiers ou de gendarmes des livres d'opportunité.

Exemple : quand Matthieu Kassovitz a tourné « L'Ordre et la Morale », sur la prise d'otages sanglante à Ouvéa en 1988, un ex du GIGN a fait paraître quelques mois plus tard un livre pour raconter sa vérité, pour rétablir sa vérité en tous cas telle qu'il l'avait vécue.

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