Près de cent ans après la disparition de Pierre Quéméneur, et la condamnation de Guillaume Seznec, l'affaire continue à susciter de nouveaux témoignages.

Guillaume et Jeanne Seznec avec leur avocat
Guillaume et Jeanne Seznec avec leur avocat © Getty / Keystone-France/Gamma-Keystone

En 1923, Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère, et négociant en bois, disparaît. Son compagnon en affaires Guillaume Seznec est condamné au bagne à perpétuité, malgré ses protestations d'innocence. Pourtant, le corps de Pierre Queméneur n'a jamais été retrouvé.

Or le 5 décembre dernier, sur RMC, une femme de 85 ans se confie. C'est la fille du gardien du cimetière de Saint-Lubin, en Eure-et-Loir. Adolescente, elle a surpris une conversation entre son père et le garagiste du village. Ils évoquaient une vieille affaire : le garagiste avait demandé de l'aide au fossoyeur, pour cacher le corps d'un homme qu'il venait de tuer. Cet homme, dit elle, c'était Pierre Quéméneur. 

Le cadavre serait-il toujours enterré dans une tombe abandonnée? Est-ce la preuve de l'innocence de Seznec?  Las! la veille de Noël, la justice calme l'excitation générale. Pas question de retourner le cimetière, explique le procureur de Chartres, Rémi Coutin, sur la base d'un témoignage aussi fragile. 

"Cette dame a été entendue par les gendarmes. En fait, elle n'a jamais entendu les noms de Pierre Quéméneur ni de Guillaume Seznec dans la bouche de son père. Adulte, elle a fait des déductions, après avoir lu des articles sur l'affaire Séznec.  Des déductions qui ont pu, au cours du temps, se transformer en auto-persuasion. Si nous ne fermons pas la porte, j'estime ne pas avoir assez d'éléments pour ordonner qu'on ouvre des tombes, même très anciennes", dit le magistrat.

D'autant qu'après vérifications, le père de cette dame n'était pas fossoyeur à Saint-Lubin au moment des faits, en 1923, mais des années plus tard, dans les années 50. 

Une véritable boîte à fantasmes

Ce genre de témoignages, où il est difficile de démêler les souvenirs réels de ce qui relève de la reconstitution, n'est pas rare dans des affaires aussi anciennes. Une affaire criminelle très médiatisée, non résolue - on peut penser à l'affaire Villemin - c'est une véritable boite à fantasmes. Tout le monde aimerait être celui qui a trouvé la solution. La tentation peut gagner les enquêteurs et magistrats, pour qui il est impératif de garder la tête froide, sans pour autant s'interroger. Car oui, un secret de famille trop lourd à porter peut finir par remonter à la surface.

Ainsi, dans l'affaire Seznec, toujours, il y a 6 mois, deux petits-fils de Guillaume Seznec ont livré une autre piste. Selon les confidences de leur père, à la fin de sa vie, c'est la femme de Guillaume Seznec, Marie-Jeanne, qui aurait tué accidentellement Pierre Quéméneur, en se défendant d'une agression sexuelle. Son mari aurait ensuite enterré le corps. La thèse avait déjà été avancée en 2015 par Denis Langlois, l'ancien avocat des Seznec.

Des fouilles ont même été lancées en février dernier, dans la maison familiale des Seznec, à Morlaix. Le corps de Pierre Quemeneur n'a pas été retrouvé, seulement des ossements d'animaux... Mais qu'importe, comme le disait ce voisin venu en curieux, au micro d'Hervé Cressard de France Bleu Breizh Izel : "ça passionne toujours, quand il n'y a ni cadavre, ni aveux."

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