Les ministres de l'Intérieur ne sortent pas toujours indemnes quand ils abandonnent le portefeuille de la place Beauvau. Comment diriger plus de cent mille policiers ? Comment réagir aux évènements dramatiques, extraordinaires et souvent imprévus ?

livre Vu de l'intérieur
livre Vu de l'intérieur © Radio France

Toutes ces questions le journaliste Laurent Huberson les a posé a une dizaine d’anciens ministres de l’intérieur et à l’actue don son livre : Vu de l'intérieur .

Le plus intéressant, c'est que ces ministres ne parlent finalement que très peu de politique. Ils livrent plutôt un ressenti humain de leur passage dans ce ministère écrasant, que la plupart d'ailleurs ne voulait pas diriger, avant de se prendre au jeu.

Tous également, évoquent le jour le plus sombre de leur mission. Pour Daniel Vaillant, c'est le 11 septembre 2001 : « mes poils se hérissent encore », dit-il.

Pierre Joxe, lui, se souvient de la vague d'attentats du milieu des années 80, une période spéciale, décrit-il, où il fallait la nuit se rendre dans des stations de métro, au milieu des cadavres et du verre pilé en marchant dans le sang.

Jean-Pierre Chevènement se rappelle la journée affreuse, atroce, où il a découvert le corps meurtri de son condisciple de Sciences Po, Claude Erignac, le préfet de Corse assassiné alors qu'il se rendait à un concert à Ajaccio.

Claude Guéant se souviendra toute sa vie de ce qu'il appelle le geste infâme de Mohamed Merah, celui où il se baisse pour tirer dans la tête d'une petite fille.

Brice Hortefeux raconte, lui, une journée d'attente, quand deux services de renseignements étrangers l'avaient averti qu'un attentat va avoir lieu en France ce jour. « Il a fallu échafauder des hypothèses, protéger des cibles symboliques, mobiliser tous les services, préparer un avion pour qu'il rejoindre la ville ciblée, tout cela en redoutant la prochaine minute, le prochain coup de fil ». Finalement, aucune bombe n'explosera.

Il y a aussi des moments plus heureux dans leur passage place Beauvau, tout comme il y a des anecdotes « peu reluisantes » sur la nature humaine .

C'est Paul Quilès qui raconte la scène : en mai 1992, une tribune du stade de Furiani s'effondre à l’occasion d’un match de coupe de France. Le bilan est dramatique : 18 morts, 2500 blessés.

Alors que le ministre s'apprête à décoller pour Paris, son avion freine brutalement, parce qu'un homme vient de se mettre en travers de la piste : « c'est Bernard Kouchner, » lui dit un conseiller. La porte de l'avion s'ouvre, le ministre de la Santé monte à bord et demande à Quilès quelles mesures ont été prises. « Un peu naïf », poursuit le ministre de l'Intérieur, »je lui détaille toute l'organisation que j'ai mise sur pied et il me dit, moi je rentrerai demain, merci et salut ». C'est à l'arrivée au Bourget que Paul Quilès comprend. Il entend à la radio Kouchner déclarer : « voici les décisions que j'ai prises », avant de détailler le plan prévu par Paul Quilès.

Evidemment, ce dernier a trouvé ça peu élégant. C'est un peu l'histoire du coucou qui fait son nid chez les autres (en l'occurrence un koukouchner, la blague est facile).

Mais on découvre aussi, dans Vu de l'Intérieur, l'importance prise par la communication. L'Intérieur est un ministère à réactions. Dommage que Nicolas Sarkozy n'ait pas voulu témoigner dans ce livre, il aurait pu expliquer comment il a changé les codes et fait de ce ministère une annexe des plateaux télés.

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