Une affaire d’escroquerie à la carte bancaire. Vieille de 10 ans. Le prévenu a 19 condamnations à son casier judiciaire. Mais, cela en fait-il un coupable ?

Plaidoyer d'un avocat
Plaidoyer d'un avocat © Radio France / Matthieu Boucheron

D'emblée, rien n'est clair. Pourquoi cette affaire qui remonte à janvier 2010 est-elle jugée seulement maintenant, 10 ans après ? Pourquoi le prévenu est-il dans le box des détenus ? Pourquoi est-il seul à comparaître dans cette affaire d'escroquerie en bande organisée ? La 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris déroule l'histoire. 

Tout démarre avec une grosse double enquête des brigades financières de la Préfecture de police de Paris et de la Police Judiciaire, la BRDE et l'OCLIFF. Une grosse affaire de fraude à la carte bancaire. La technique était simple : des commerçants récupèrent des numéros de véritables cartes bancaires, puis on achète des fausses cartes à 150€ sur le marché noir, il suffit ensuite de les encoder pour pouvoir s'infiltrer sur les comptes des personnes escroquées et effectuer des virements. Ainsi, en ce mois de janvier 2010, la société Legendre Père & Fils aurait ainsi détourné en quatre jours 168 000 €. Mais le Crédit Lyonnais a flairé l'arnaque et porté plainte. Mais alors, que vient faire Anzar dans le box aujourd'hui ? 

Anzar, c'est, selon l'accusation, le co-gérant de Legendre Père & Fils, une société de dépannage en plomberie. Anzar est donc poursuivi pour avoir recruté Jean-François, un SDF toxicomane, qu'il propulse co-gérant de Legendre Père & Fils, en lui offrant un logement et même deux mois de vacances en Tunisie. "Un gérant de paille", dit l'accusation pour qui tout est clair. Seulement voilà, il y a un troisième homme : Fadel, le frère d'Anzar. Et Anzar est catégorique devant le tribunal : "je n'ai rien à voir avec cette escroquerie, je n'ai jamais été le gérant de Legendre Père & Fils, c'était mon frère, avec qui je suis brouillé. Et si Jean-François m'a dénoncé, c'est justement pour protéger Fadel". Anzar se défend vigoureusement : "Pourquoi mon frère n'a jamais été entendu par les enquêteurs depuis 10 ans ? Pourquoi c'est moi qui ramasse les miettes ? Jean-François, je ne l'ai jamais vu de ma vie. Je n'ai jamais fait d'escroquerie. D'ailleurs, mon nom n’apparaît jamais dans l'enquête". 

Anzar n'a pas tort. Cette affaire qui a mis 10 ans à parvenir devant un tribunal laisse songeur. Les statuts de Legendre Père & Fils dans lequel apparaîtrait son nom n’ont par exemple jamais été retrouvés. Alors pourquoi Anzar ramasse les miettes aujourd'hui ? "Les problèmes basculent sur moi parce que j'ai un casier !" proteste le prévenu. Et quel casier. 19 condamnations. Un peu de tout : détention d'arme, recel de vol, conduite sans permis, chèques falsifiés, abus de faiblesse, outrage mais aussi et surtout : 2 peines de 15 et 18 mois de prison ferme pour abus de confiance et pour fraude fiscale. Mais est-ce que ça fait d'Anzar un coupable aujourd'hui ? 

Dans son réquisitoire, la procureure reste équilibrée. Elle se dit convaincue qu'Anzar est un escroc, mais, "les faits sont vieux" souligne-t-elle, il a une épouse en mauvaise santé et 4 enfants dont un handicapé, "la prison n'est jamais souhaitable" conclut-elle, "mais je ne peux pas requérir autre chose". Un an de prison ferme. Un an, c'est qu'il reste à purger pour Anzar dans ses autres affaires. Cette nouvelle condamnation ne rallongerait donc pas sa détention. Le tribunal rendra son jugement dans un mois.

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