Par Corinne Audouin

Le Plagiat
Le Plagiat © Radio France / Tommy Dessine

Alain Minc est poursuivi par la journaliste Pascale Froment pour plagiat. Elle l'accuse d'avoir pillé sa biographie de René Bousquet, dans un essai publié le mois dernier, intitulé « L'homme aux deux visages, Jean Moulin, René Bousquet, itinéraires croisés »...

Alain Minc poursuivi pour plagiat, ça a comme un petit air de déjà vu... En 2001, l'essayiste était condamné à 15 000 euros de dommages et intérêts pour s'être un peu trop inspiré d'une biographie de Spinoza.

Alain Minc a reconnu récemment une « erreur de jeunesse tardive ».

Alors a-t-il récidivé ? C'est la thèse de l'avocat de Pascale Froment, Alain Lévy, qui demandait la semaine dernière au juge des référés l'interdiction immédiate du livre d'Alain Minc. Les mots sont forts : « Pillage de masse, brigandage littéraire, escroquerie médiatique » lance l'avocat pour introduire l'affaire.

Pascale Froment a écrit la seule biographie existante sur René Bousquet, parue chez Fayard en 1994. Un ouvrage de plus de 600 pages, qui lui a demandé 3 ans de travail, de recherches d'archives en entretiens, dont une interview de François Mitterrand.

A la sortie du livre d'Alain Minc, un essai qui compare les destins croisés du résistant Jean Moulin et du collabo René Bousquet, Pascale Froment, que le sujet intéresse forcément, y jette un œil. Les bras lui en tombent. La partie consacrée à Bousquet est, dit-elle, un « digest », un recopiage légèrement modifié de passages entiers de son ouvrage. Elle recense plus de 300 emprunts. Des extraits de ses interviews, dont cette tirade de Mitterrand, décrivant Bousquet comme « un homme d'action, passionné de politique, très sympathique et un peu fat ». A lire Minc, on croirait que c'est lui qui a interviewé le Président.

Il y a aussi, dit-elle, tout son travail de recherche d'archives, d'analyse de documents, repris par paragraphes entiers. En tout, résume son avocat, la moitié des pages consacrées à Bousquet lui sont « empruntées », sous différentes formes. Son livre n'est cité par Minc qu'à la fin, dans la bibliographie.

  • Comment se défend Alain Minc ?

Il le reconnaît par la voix de son avocate ? Josée-Anne Bénazéraf, il aurait pu mieux souligner l'importance du travail de Pascale Froment dans quelques lignes, en ouverture, par exemple. Une question d'élégance en quelque sorte, mais qui n'a rien à voir avec la justice.

Retirer le livre de la vente, payer des dommages et intérêts ? Pas question ! Selon son avocate, Alain Minc n'a juridiquement rien à se reprocher. Tout est dans ce « juridiquement ». Alain Minc n'est pas historien. Pour appuyer son analyse croisée des destins de Jean Moulin et René Bousquet, il avait besoin des informations récoltées par Pascale Froment dans sa biographie, puisque c'est la seule qui existe. Mais l'auteure n'est pas propriétaire de ces informations, pas plus que des citations des personnes qu'elle a interrogées.

En résumé, Alain Minc s'est, certes, comporté comme un malotru, mais ce ne serait pas punissable par la loi.

-Ce sera au tribunal de trancher..

Le jugement est attendu mardi prochain. Il semble improbable que le tribunal interdise le livre d'Alain Minc : c'est une décision de justice rarissime, généralement prise pour des raisons d'atteinte à la vie privée.

Pascale Froment réclame également 100.000 euros de dommages et intérêts : une somme que Grasset n'a pas l'intention d'aligner. Pour s'en prémunir, l'avocat de l'éditeur souligne que Pascale Froment se berce d'illusions quant au succès commercial des livres d'Alain Minc qui ne dépassent jamais, selon lui, les 8000 exemplaires.

Bref, quoi que décide le tribunal, l'image de l'essayiste le plus prolifique de France en aura de toutes façons pris un coup.

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