Alors que le ministère de la justice s'apprête à réformer la PNIJ (plateforme nationale des Interceptions judiciaires), l'arrivée de la 5G inquiète les policiers. Ils craignent de ne plus réussir du tout à écouter les tueurs, les gros méchants et les tricheurs...

Publicité pour la 5G (ici à Shanghaï)
Publicité pour la 5G (ici à Shanghaï) © AFP / Hector Retamal

C'était il y a près de dix ans : l’idée de créer une nouvelle plateforme nationale des interceptions judiciaires, une interface censée être unifiée entre tous les opérateurs de téléphonie afin de déclencher des écoutes téléphoniques et la recherche des fameuses fadettes (factures détaillées), de gérer numériquement les scellés, de permettre aux magistrats instructeurs d’avoir accès en temps réel aux écoutes. Cette plateforme (PNIJ) avait été confiée à la société Thalès.

Dix ans plus tard,  après des bugs en série et une explosion des coûts de ce partenariat public-privé, retour à la case départ…

Il est prévu un nouvel appel d'offres dans les mois qui viennent, pour une ré-internalisation totale des serveurs informatiques au sein du ministère de la Justice. C’est un enjeu énorme pour tous les enquêteurs policiers, gendarmes, douaniers et les magistrats concernés, à l’heure de l'arrivée de la 5G.

La 4G n’avait pas été prévue dans le précédent appel d’offre

La 4G et les nouvelles messageries internet cryptées de type Whatsapp, Signal ou Telegram ont déjà plombé de nombreuses enquêtes judiciaires ces dernières années.  C’est ce qu’explique Lenaig Lebail, l'une des responsables nationales du syndicat des commissaires, par ailleurs numéro 2 d'un office central de la police judiciaire à Nanterre. 

Des enquêteurs qui s’arrachent les cheveux avec des écoutes qui plantent d’un seul coup, on en a vu et on en voit encore. 

Un responsable au sein de la structure ANTENJ, qui supervise désormais les différents acteurs du secteur et prépare le futur appel d’offres, nous rappelait récemment qu’au milieu des années 2000, lorsqu’il fut envisagé de centraliser le système des interceptions judiciaires (marché que se partageait près d’une dizaine de prestataires), « il n’avait pas été question dans l’appel d’offre de la 4G ! ». Et si les responsables syndicaux de la police sont à nouveau très inquiets, c'est qu'ils ont été sérieusement échaudés par le précédent appel d'offres, calibré à 40 millions d'euros au départ, pour finalement coûter un peu plus de 160 millions d'euros à l'arrivée. 

Aujourd’hui, deux prestataires privés, en plus de Thalès, assurent la gestion des balises et interviennent pour les enquêtes criminelles les plus complexes. La plupart des enquêteurs ne peuvent pas écouter des suspects tout en étant sur le terrain en surveillance, via des renvois sur les smartphones et les tablettes. Cela devrait enfin être possible à la fin de l'été.

La 5G annoncée pour le milieu de l'année prochaine, c'est un peu le cauchemar des enquêteurs, avec la crainte bien réelle pour la commissaire Lenaig Lebail « de ne plus pouvoir écouter les suspects dans des enquêtes classiques ».

Un nouvel appel d'offre d'ici la fin de l'année 

En attendant, le contrat à venir portera sur environ 110 millions d'euros. Les candidats potentiels pour gérer la future plateforme nouvelle génération des interceptions judiciaires ont tous été auditionnés le mois dernier ; ils sont 15 au total,  comme l'avaient précisé nos confrères d'Intelligence on line

On cherche à mettre en place un nouveau socle, sur lequel on pourra inclure au fil du temps différentes briques, avec des matériels hyper-convergés

… précise un responsable au ministère de la justice.

De l'avis des différentes sources sur le sujet, on est parti cette fois sur de bien meilleures bases, avec un partenariat public-privé qui sera radicalement différent. Selon nos informations, l'ambition sera de choisir les sociétés qui auront la capacité de s'adapter aux défis de la 5G et des messageries cryptées sur internet.     

Les enquêteurs sur le terrain espèrent juste que cette fois, cela fonctionne et ce, dès le départ.

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