Palais de justice de Paris
Palais de justice de Paris © ell brown

La justice ne se rendra bientôt plus sur l'île de la Cité : en 2017, c'est une tour de l'ouest parisien qui accueillera les justiciables. Une page d'histoire se tourne, c’est ce qu'a voulu raconter le chroniqueur Thierry Lévêque dans son livre.

« Ce jour sera un deuil » nous assène en préambule l'auteur de Boulevard du crime . Quand la justice quittera l'île de la Cité, c'est d'abord à elle-même qu'elle dira adieu, à son histoire. Le Palais a été longtemps la demeure des souverains, une statue de Saint-Louis rendant la justice sous un chêne y est d'ailleurs érigée. Aujourd'hui, 4.000 personnes y travaillent, plus de 44.000 décisions pénales ont été rendues l'an dernier. La plupart restent anonymes. Loin de la médiatisation, c'est la justice ordinaire, celles des comparutions immédiates, explique Thierry Lévêque.

Thierry Levêque : « Au Palais de justice, il y a les comparutions immédiates. Ce sont les petits délits, les gens qui sont déférés après 48 heures de garde à vue, et qui sont jugés sur le fondement d’un dossier sommaire. Il y a aussi ce que l’on ne connaît pas et que j’ai essayé de raconter : les audiences de 35bis, ou les étrangers en situation irrégulière en France, mais qui très souvent, exercent un emploi, on une famille, ont des enfants etc. et jouent leur destin sur un point de procédure. Donc des destins se jouent dans des audiences où il n’y a personne et ce, tous les jours. A côté de cela, il y a une autre justice : celle des grandes affaires, les affaires politico-financières, qui finalement, donnent l’image à l’extérieur de la justice. Le but, je pense, du nouveau Palais de Justice, va être de rapprocher ces deux univers ».

- Une des particularités de cette bâtisse ancestrale devrait disparaître avec ce déménagement

Thierry Lévêque intitule ce chapitre « La communauté du dépôt ». Le dépôt est un passage obligé entre l'interpellation et l'incarcération, là où officient encore neuf religieuses auprès des femmes détenues. Depuis 1865, elles vivent dans le Palais. Elles ont leur chapelle, et même leur jardin.

Thierry Lévêque : « Ces sœurs, à l’origine, géraient le dépôt de Paris, ce qui a été critiqué par les tenants de la laïcité qui considéraient que des religieuses ne pouvaient pas gérer ce qui est en quelque sorte un service public. Car le fait d’arriver en détention est une prérogative régalienne de l’Etat. Donc cela a été critiqué et même attaqué en justice, mais les tenants de la laïcité ont eu tort et cela est remonté jusqu’au Conseil d’Etat, qui a dit que s’il n’y avait pas de prosélytisme religieux, il n’y avait pas de problème pour que les sœurs gardent leur place. Ceci dit, elles n’ont plus les clefs des cellules depuis 1999. Elles assurent une forme de soutien moral, pour humaniser ce lieu qui est très très dur dans cette architecture. Quand le tribunal va déménager aux Batignolles, dans cette tour en verre et en béton, je crois que les sœurs n’y auront plus leur place. Ce n’est pas encore bien déterminé, mais on peut le supposer, en tous cas. La justice va vraiment passer dans l’époque moderne et se défaire de ses oripeaux monarchiques et anciens ».

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Une chronique de Nathalie Hernandez

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