Le président de la République François Hollande reçoit cet après-midi les filles de Jaqueline Sauvage, qui demandent la grâce de leur mère..

Cette femme condamnée à 10 ans de prison pour avoir tué son mari violent, dont le sort a ému les français. François Hollande peut-il grâcier Jacqueline Sauvage?

C'est un des privilèges du président de la République, hérité des rois de France. Il ne s'agit pas d'une amnistie, mais d'une suppression ou d'une réduction de la peine, la condamnation reste inscrite au casier judiciaire.

François Hollande a déjà dit sa réticence à utiliser cette pratique régalienne. Il l'a pourtant déjà fait, en mars 2013, pour Philippe El Shennawy, un des plus anciens détenus de France, dont il avait annulé la période de sureté incompressible.

Ce qui lui avait permis de sortir en libération conditionnelle quelques mois plus tard.

Jacqueline Sauvage est soumise à une période de sureté de 5 ans, qui ne la rend libérable qu'en 2018. Un relèvement de cette sureté permettrait sa sortie plus rapide, mais pas immédiate. Pour cela, il faudrait que le président réduise sa peine d'un ou deux ans, ou lui accorde une grâce totale.

procés en appel de jacqueline sauvage
procés en appel de jacqueline sauvage © MaxPPP / PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE

Comment cette femme a-t-elle pu être aussi sévèrement condamnée?

C'est l'histoire d'un immense gâchis, d'une justice sourde, et d'une défense inadaptée.

Les avocates de Jacqueline Sauvage avaient voulu en faire le symbole des femmes battues, en demandant son acquittement au nom de la légitime défense.

Mais la loi française s'y prête difficilement : Jacqueline Sauvage a abattu son mari de trois coups de fusil dans le dos, à un moment où il ne la menaçait pas, quand la loi exige une réponse proportionnée et dans le même temps. Le fait qu'elle ait été battue pendant des dizaines d'années ne rentrait pas dans ces critères très stricts.

Jacqueline Sauvage pouvait en revanche espérer une peine clémente, au vu de l'enfer familial décrit à la barre par ses trois filles, toutes abusées par leur père. Mais le procès a été marqué par la très grande sévérité de la présidente envers ces femmes qui n'avaient pas réussi à parler, ni à porter plainte.

Une sorte d'accusation renversée qui rendait Fabienne Marot, la fille cadette de Jacqueline Sauvage, très amère après le verdict :

On s’est mises à nu mais on n’a pas été comprises. Et ce n’est pas pour cela que l’on a été clément avec ma mère. Ça me donne envie de m’engager, de soutenir les femmes abusées.

C'est une des leçons de ce procès : il y a urgence à informer tout le monde, et à former spécifiquement les magistrats, sur les violences faites aux femmes et leur difficulté à les dénoncer.

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