Georges Tron, accusé de viols et agressions sexuelles sur deux employées municipales de Draveil, la ville dont il est maire, comparaît une nouvelle fois devant une cour d'assises Après avoir été acquitté en première instance, le dossier est à nouveau étudié en appel. Et les témoins, à nouveau entendus à la barre.

Georges Tron arrivant au tribunal
Georges Tron arrivant au tribunal © AFP / Bertrand Guay

Ce jour-là, au rez-de-chaussée du vieux palais de justice de Paris, deux femmes se succèdent. L’une est entendue par visioconférence. L’autre, est là, à l’audience. Deux témoins, deux paroles, aux antipodes. La première, cheveux courts, lunettes sur le nez, apparaît sur les écrans de la salle. Elle est la mère de Virginie Etel, l’une des deux plaignantes, embauchée à la mairie de Draveil en 2008 et qui dénonce avoir été violée, à plusieurs reprises, par Georges Tron. 

À l’audience, la témoin, raconte : “Virginie avant son viol et Virginie après, ce n’est plus du tout la même. Ça lui a bousillé la vie”. Assis sur une chaise devant ses avocats, Georges Tron regarde l’écran. Impassible. La témoin poursuit : “J'ai demandé à ma fille : “mais comment se fait-il que tu n’aies pas réagi?” Elle m’a dit qu'elle était paralysée. D’ailleurs elle s’en voulait d’autant plus de ne pas avoir réagi alors qu’elle avait du caractère.” 

Il est question des tentatives de suicides de Virginie Etel et des dates de celles-ci. Sont-elles liées aux agressions qu’elle dénonce ? “Je ne me souviens pas des dates précises", répond la mère. "Pour vous, tout est noté dans le dossier … donc c’est plus facile. Mais moi, je ne me souviens pas”.  Ou cette séance de photos pour le calendrier de la mairie. “À cette séance, qui a lieu après les faits qu’elle dénonce, vous avez dit que votre fille avait l’air jovial”, soulève la présidente.  La mère rétorque :  “Moi, quand on m’a annoncé que j’avais le cancer, je suis rentrée à la maison tout à fait joviale et souriante. Quand on a une douleur, on la cache”. 

"Les accusations de viol sont à la mode"

Les écrans s'éteignent. Arrive Mme Tron, Albane. Chemisier bleu, pantalon noir, silhouette fine. Elle lance un regard à son mari, s'avance à la barre. Elle raconte avoir d'abord été "juriste au groupe des industries métallurgiques pendant dix ans”. Avant d’arrêter de travailler pour les naissances de ses filles : “trois en trois ans et demie”. 

Albane Tron enchaîne, d'une voix un peu rauque : “Les accusations de viol sont à la mode. C’est impressionnant. On parle de viol tout le temps, tout le temps. Moi, ça m’interpelle.” Sa parole résonne étrangement, dans cette salle, dans le contexte actuel surtout. Peut-être le sent-elle d’ailleurs, car elle modère. “Bien évidemment que le viol existe, que des femmes sont violées. Mais qu’on se serve de ce mot là pour mettre tout le monde dans le même panier, c’est quand même ….

De la même manière que la mère de Virginie Etel tente de balayer les doutes qui planent sur les accusations de sa fille, plus encore depuis l’acquittement dont a bénéficié George Tron, Albane Tron défend son mari. Elle rappelle qu’”il n’y a pas la moindre preuve que mon mari ait violé ces charmantes personnes”.  Elle dénonce le “climat particulier” de la mairie de Draveil “avec toutes ces femmes qui tournent autour de mon mari”. Explique que si Georges Tron garde les SMS de certaines d'entre elles, c’est pour se préserver : "parce que les femmes sont souvent un peu tordues”, argumente Mme Tron. “À force d’avoir des petits messages à droite et à gauche, vous avez intérêt à vous protéger car cela peut dégénérer”.  

Et c’est là toute la ligne de défense de Georges Tron, l’accusé qui nie tout en bloc, y compris, au-delà de la question du consentement ou non, l’existence même de toute relation extra-conjugale. Sauf une. À la barre, Albane Tron s'agace légèrement. "Je suis au courant de cette histoire. Mais quand je parle à mon mari le soir, je préfère parler de mes filles.”

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