le dossier du procès Marina Sabatier devant la cour d’assises de la Sarthe.
le dossier du procès Marina Sabatier devant la cour d’assises de la Sarthe. © MaxPPP / Olivier Blain

Retour ce matin sur le procès des parents de la petite Marina, cette enfant de 8 ans morte en 2009 après des années de sévices. Mardi dernier, la cour d’assises de la Sarthe a condamné les parents à 30 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté de 20 ans. Corinne Audouin a suivi ce procès pour France Inter. Un procès éprouvant, qui a suscité beaucoup d'émotion dans l'opinion. Pour les journalistes présents sur place aussi, ce n'était pas un procès comme les autres.

Il arrive que les proches, l'entourage demandent « c'est comment, ton procès, et l'accusé, tu crois que c'est lui ? ». Des choses auxquelles on répond assez volontiers.

Cette fois ci, c'était autre chose. Très vite, tout le monde s'est mis à me demander, y compris ici à France Inter : « ça va? Tu tiens le coup ? Pas trop dur ?.

Au départ, ça fait presque sourire. On n'est pas reporter de guerre, on ne risque ni sa vie, ni sa santé... Et puis on commence à retenir ses larmes pendant les audiences. A faire des cauchemars. A raconter sans retenue les détails les plus horribles à des gens qui n'en demandaient pas tant. Un confrère m'a dit qu'un soir, en rentrant chez lui, il a bu cinq whiskys d'affilée, avant de pouvoir aller se coucher.

  • Pourquoi raconter cela ?

Peut-être pour dire que les journalistes sont des êtres humains comme les autres, qui ne sont pas "neutres", ni "insensibles" face à ce qu'ils entendent. Un procès d'assises s'apparente à des montagnes russes émotionnelles, où l'on traverse les sentiments les plus extrêmes.

Par exemple, le premier jour du procès, lors de l'examen de la personnalité des accusés. Le père de Marina est longuement interrogé par le président. Sa sœur est en face, sur le banc des parties civiles. Eric Sabatier raconte son enfance, un père violent, tyrannique. Ses avocats insistent ; il finit par dire l'indicible : il a été abusé par ce père, de l'âge de 6 à 12 ans. Sa sœur aussi, ils n'en ont jamais parlé ensemble. Eric Sabatier tremble de tout son corps. Il ne s'agit pas d'excuser, de minimiser l'horreur des faits. Mais à ce moment-là, c'est un être humain qu'on a en face de soi.

- Et cela illustre la difficulté de juger...

Oui, et c'est un processus passionnant à examiner sur onze jours d’audience. Sur le papier tout semble si simple: deux monstres ont torturé leur petite fille, ils reconnaissent les faits, la perpétuité et on n'en parle plus.

Loin du prétoire, les commentaires fleurissent sur internet, sous les articles consacrés à Marina. Au moins un sur trois regrette que la peine de mort n'existe plus. On peut comprendre cette colère. L'horreur est si grande, si incompréhensible, qu'on voudrait un châtiment à sa hauteur.

Mais en assistant au procès, on comprend que la justice n'est pas la vengeance. Les jurés ont condamné les parents de Marina à trente ans de réclusion criminelle, dont vingt ans incompressibles. Par rapport à la perpétuité, en termes d'années passées en prison, ça ne change pas grand chose.

Mais le symbole, le sens de la peine est important, le sens de la peine. Le refus de la perpétuité, c'est le refus de mettre les accusé au rebut de la société, c'est accepter qu'un jour, dans très longtemps, ils puissent revenir dans la communauté des hommes. Ce verdict, tout le monde (partie civile, défense) l’a salué. Loin des invectives et des réactions épidermiques de ceux qui n’étaient pas dans le prétoire.

Une chronique de Corinne Audouin

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