La 28e chambre du tribunal correctionnel de Paris traite les affaires liées aux infractions au code de la route. Ce jour-là, il est question de délit de fuite, d'alcool au volant, et d'une mémoire qui fait défaut.

Les escaliers mécaniques qui mènent aux étages du palais de justice de Paris
Les escaliers mécaniques qui mènent aux étages du palais de justice de Paris © Radio France / Ariane Griessel

C'est une femme élégante, la voix posée, qui se tient dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris. Elle est entendue par la 28e chambre, celle qui traite des affaires liées aux infractions routières. On a du mal à imaginer cette quadragénaire menant une course folle en voiture dans le quartier de la Bastille, à Paris.

Pourtant, ce jour d'octobre 2019, en fin d'après-midi l'automobiliste heurte d'abord un vélo, au volant de sa Mercedes. L'affaire aurait pu s'arrêter à une grosse frayeur de part et d'autres : la cycliste n'est pas blessée. Mais la conductrice ne peut pas le savoir : elle ne s'est pas arrêtée. Alors, un homme à scooter intervient, lui demande de se garer. Elle le renverse, il est indemne, lui aussi.

Puis arrivent deux motards, qui décident de se mettre en travers de la route de la voiture, afin d'arrêter son périple dangereux. L'un d'eux est légèrement blessé aux jambes par le pare-chocs avant. 

Tout ceci, le président qui le détaille à l'audience. La prévenue ne peut qu'écouter : elle ne se souvient de rien. Elle entend dire qu'elle a finalement cherché à fuir à pied. "Vous êtes rattrapée par un gardien de la paix, continue le président. Il remarque que vous sentez fortement l’alcool ". Le président replonge dans ses notes, cherche le chiffre… Les analyses ont révélé que l'automobiliste avait près de deux grammes d'alcool par litre de sang. Soit quatre fois la limite autorisée.

"J'ai bu quatre verres de vin sans manger"

La prévenue se souvient, en revanche, de ce qui s'est passé avant. Elle raconte, calmement, avoir "pris l'apéro avec une amie" : "J'ai bu quatre verres de vin sans manger". Puis ajoute : "C'est le vélo qui m'a d'abord percutée". Une mémoire fluctuante sur laquelle le président ne s'arrête pas. Il continue sa lecture, ironise : " Vous dites, dans les procès-verbaux, 'le problème, c'est quand je prends le volant après avoir bu'. On ne peut pas contester la part de vérité dans vos déclarations". Elle ne conteste pas : "C'est vrai que si je n'avais bu que de l'eau, ça ne se serait pas passé."

A quarante ans, la prévenue a déjà écopé de deux condamnations pour conduite en état d'ivresse. Evidemment, ça n'a pas échappé au juge, qui l'interpelle à ce sujet : 

- "Les chances d'être impliqué dans trois procédures concernant l'alcool au volant sont assez minces pour un citoyen lambda. La question que l'on a envie de vous poser est celle de votre rapport à l'alcool.

- Je n'arrive pas à ne boire qu'un verre, j'en prends deux, trois, quatre. Mais pas tous les jours ! J'ai pris rendez-vous avec un addictologue. Je n'ai plus touché une goutte d'alcool depuis le 1er janvier."

"La prochaine fois, quelqu'un peut décéder"

La quadragénaire n'a pas d'avocat, elle assure elle-même sa défense, rappelle qu'elle travaille dans l'immobilier, a besoin d'un véhicule.

La procureure rappelle à la prévenue qu'elle est poursuivie pour blessure involontaire : "C'est involontaire, vous n'avez pas voulu faire mal. Quand on vous voit aujourd'hui, on se dit que vous êtes insérée, que vous vous êtes prise en main". Elle continue, cinglante : "Ce n'est pas le cas. Le fait que vous disiez que vous n'avez pas de problème avec l'alcool est déjà révélateur. La prochaine fois, quelqu'un peut décéder."

La tribunal condamne l'automobiliste à quatre mois de prison avec un sursis de deux ans, à une obligation de soins, et à six mois de suspension de permis de conduire. Elle en est privée depuis octobre, les six mois sont donc écoulés. La quadragénaire peut sortir du palais de justice, et, si elle le souhaite, reprendre le volant.

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