A quelques jours de l’ouverture du procès de l’affaire Merah, cinq ans après les assassinats perpétrés par le "tueur au scooter", retour sur la journée du 22 mars 2012

 Les policiers se tiennent, le 23 mars 2012, à Toulouse, au sud-ouest de la France, devant le bâtiment où vivait le militant d'Al-Qaïda, Mohamed Merah, dont la vie était obscure.
Les policiers se tiennent, le 23 mars 2012, à Toulouse, au sud-ouest de la France, devant le bâtiment où vivait le militant d'Al-Qaïda, Mohamed Merah, dont la vie était obscure. © AFP / PASCAL PAVANI

Ce jeudi 22 mars 2012, la France est suspendue aux négociations du RAID, qui durent depuis 32 heures, au 17, rue du Sergent-Vigné, l'appartement toulousain de Mohamed Merah, qui s'y est retranché, après avoir semé la terreur depuis plus d'une semaine, et traumatisé tout un pays.

Sa première victime est un militaire, Imad Ibn Ziaten, abattu à Toulouse, le 11 mars 2012. Le 15 mars, à Montauban, Merah vise trois parachutistes, quasiment devant leur caserne, aux cris de Allahu Akbar : Abel Chennouf et Mohamed Legouad meurent sous ses balles, Loïc Liber restera tétraplégique. Merah repart sur un puissant scooter, volé, une caméra vissée sur la poitrine, pour filmer ses crimes. Puis, le lundi 19 mars, juste avant 8 heures du matin, il surgit devant l'école juive Ozar Hatorah, et en moins de 36 secondes, abat froidement un père de famille et ses deux fils de 4 et 5 ans, puis une petite fille de 8 ans, qu'il poursuit jusqu'à pointer son arme contre sa peau.

Tous les policiers antiterroristes de France sont en alerte

Dans les heures qui suivent, ils identifient Mohamed Merah, 23 ans, comme "le tueur au scooter", puis le cernent, au premier étage de son immeuble, dans un quartier pavillonnaire huppé de Toulouse. Quand les policiers du RAID arrivent au pied du bâtiment, il est trois heures, dans la nuit du 20 au 21 mars 2012. Ils comptent sur l'effet de surprise pour interpeller Merah vivant, comme l'a promis le président Sarkozy, en pleine campagne électorale.

Mais Mohamed Merah, jeune délinquant radicalisé, les a repérés et tire sur eux dès qu'ils approchent. Deux policiers du RAID sont blessés dans les premières minutes. Ils se replient. Puis entament une longue négociation avec le retranché, en lui faisant passer une radio par le balcon. Merah leur parle pendant des heures, parfois sans discontinuer. Il raconte son voyage au Pakistan, au Waziristan, et sa volonté de frapper, au nom d'Al Qaïda.

Longtemps, Merah fait miroiter aux policiers du RAID, une reddition, qu'il ne cesse de repousser. Jusqu'à ce qu'il coupe le contact. À 22 heures 45, le 21 mars 2012 il prévient les hommes du RAID qu'il ne se rendra pas, et qu'il les attend, armes à la main.

La nuit qui suit, le RAID envoie des grenades assourdissantes pour l'épuiser. Mais Merah résiste, terré dans sa salle de bains, où il a mis des oreillers et des ouvertures pour se protéger du bruit. Un peu après 11 heures, le jeudi 22 mars 2012, quand l'assaut final est donné -avec Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur lui-même sur place, Merah se rebelle d'une manière qui a profondément marqué les policiers du RAID les plus expérimentés. François El Bahri, ex-membre du RAID qui a assisté à l'assaut raconte :

Habituellement, on trouve les gens barricadés dans une pièce, il faut aller les chercher, et là, c'était le contraire, quand la colonne du RAID est entrée, avec précaution, il ne s'est rien passé, puis Merah bondit de la salle de bains, tire, court dans tous les sens. Merah voulait livrer son dernier combat, mourir en martyr, et tuer le plus de policiers possible. Jusqu'à la dernière seconde, il a tiré. Je garderai toute ma vie en mémoire, cette image de Merah qui, à la fenêtre, au moment où il va sauter, est encore en train de tirer et blesse un policier du RAID.

► ÉCOUTER | Le récit complet de François El Bahri (au micro de Sophie Parmentier)

4 min

François El Bahri : "Je garderai ça toute ma vie en mémoire"

Par Sophie Parmentier

Après un siège de 32 heures, les snipers du RAID qui étaient en face de l'immeuble ont fini par abattre le terroriste. Le procès de l'affaire Merah commencera donc, sans Mohamed, lundi 2 octobre 2017. Ses deux complices présumés seront jugés devant une cour d'assises spéciale, à Paris. Son grand frère, Abdelkhader Merah, et l'ami d'enfance, Fettah Malki.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.