Chaque vendredi, "Dans le Prétoire" raconte la justice du quotidien. Aujourd'hui, direction les comparutions immédiates du tribunal de Paris.

Prévenu arrivant à l'audience
Prévenu arrivant à l'audience © Radio France / Matthieu Boucheron

C'est l'une des seules chambres correctionnelles à ne pas avoir interrompu ses activités tout au long de l'été. Les compas : c'est un peu l'estuaire de la misère. On y juge les petits délits, ceux qui ne nécessitent pas d'enquête, les flagrants délits, les affaires simples... qui finalement, ne le sont pas tant que ça. 

Mercredi, dans la salle 2.05 du gratte-ciel des Batignolles, on se caille franchement à 13h30. L'huissier vient de déposer les 8 premiers dossiers de l'après midi. Quelques avocats cherchent leurs clients. Dans le public, des étudiants en droit se racontent leurs vacances, des tricoteuses (les habituées des salles d'audience) commentent les procès de l'été. "Oh là là, qu'il fait froid !" constate la procureure. La sonnette retentit. "Le tribunal, levez-vous" hurle un policier.   

Et comme à chaque audience, on commence par renvoyer les dossiers. Quand le prévenu souhaite un délai pour préparer sa défense. C'est son droit, aux compas immédiates. Mais, en attendant, la plupart du temps, il reste en détention provisoire. Comme pour Sébastien, 14 condamnations au casier pour des trafics de stup et des violences. Dimanche dernier, tout juste sorti de prison, ivre, il a poussé deux personnes dans le canal Saint-Martin, et il a volé une paire de lunettes de soleil. Il a des problèmes d'alcool, Sébastien. Il promet de se soigner. Mais ça sera pour plus tard. Détention provisoire. Puis c'est Hichem, interpellé mardi pour avoir volé un paquet de sel pour lave-vaisselle. Hichem, c'est le nom qu'il a donné aux policiers. Mais Hichem n'a pas de papiers. "Et il ne sait pas lire" prévient l'avocate.  

- Votre casier est vierge, remarque la présidente

- Non, proteste Hichem, j'ai déjà été jugé plein de fois !

- Mais sous quelle identité ?

- Je sais plus, j'ai oublié.  

Impossible de l'identifier, impossible de le juger. Dossier renvoyé, le temps de faire une expertise ADN. "S'il te plait, envoie-moi pas en prison" supplie Hichem. Détention provisoire.  

Puis on passe aux affaires qui peuvent être jugées. Dans le box, Nasser arrive avec un sale dossier. Lundi après-midi, il a été interpellé rue Pouchet, "très excité" ont écrit les policiers, il vociférait en arabe et en français qu'il voulait découper sa femme en deux et brûler tout l'immeuble, et il brandissait un couteau de 30 cm.  

- Je suis malade, se défend Nasser, je prends du Xanax, j'en prends trop, je dors toute la journée, ma femme est partie, j'ai perdu mon travail.

- Et le couteau ? demande la présidente

- Je l'ai pris pour lui faire peur, mais je le jure, j'ai jamais fait de mal à personne, et si un jour je fais du mal, ça sera pas à elle, ça sera à moi.

La procureure craint qu'il recommence, elle réclame 4 mois de prison ferme. Le tribunal la suit.  

Il est 20h. 4 affaires ont été jugées. Il en reste une dizaine à traiter. Mais l’interprète en arabe est soulagé, il a fini sa journée, il va pouvoir rentrer à Grigny. Une heure et demi de transport. "C'est mieux qu'en juillet" sourit-il, "une fois, on a fini à 4h du matin".

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.