Robes d'avocats
Robes d'avocats © Radio France / jastrow75

C'est l'histoire d'un décret que le gouvernement tente de faire passer en catimini en ce moment.

A l'heure où certains ministres et députés envisagent l'éventualité de perdre leur fauteuil, ce décret prévoit de les autoriser à devenir avocats sans avoir à suivre de formation spécifique ! Une passerelle en or.

Selon ce décret, « toutes les personnes titulaires d'une maîtrise de droit ou d'un diplôme équivalent et justifiant d'au moins 8 ans d'exercice de responsabilités publiques les faisant participer à l'élaboration de la loi » pourront devenir avocats.

Ministre remercié, député battu, chef de cabinet, directeur de cabinet, attaché parlementaire soudainement au chômage, ressortez des placards votre maîtrise de droit ou d'autre chose, vous n'aurez plus qu'à prêter serment pour vous faire embaucher, vous et votre carnet d'adresses, au sein de prestigieux cabinets d'avocats parisiens.

Le Conseil National des Barreaux, qui représente les 54 000 avocats français, s'est élevée contre ce décret de circonstance et a même saisi le Conseil d'Etat pour lui barrer la route. Mais, vous allez le comprendre, il s'agit plutôt d'une protestation de principe. La vice-présidente de ce Conseil national des barreaux, le Bâtonnier de Paris Christiane Feral-Schuhl, n'est pas fondamentalement opposé au principe d'une passerelle.

Christiane Feral-Schuhl : « Il existe déjà des passerelles. Il en existe pour des juristes d’entreprises, des magistrats, des professeurs d’université… Les passerelles existent. Ma vigilance, c’est de ne pas créer de mesure discriminatoire pour ceux qui passent pas la filière classique »

Jean-Philippe Deniau : « On a l’impression que votre profession devient le refuge douillet de tous les politiques en mal de mandat »

Christiane Feral-Schuhl : « Je vous trouve bien sévère. D’abord parce qu’il y a des politiques qui ont rejoint notre profession et qui l’exercent très honorablement pour ne pas qu’il y ait d’amalgame. Mais surtout, c’est l’attractivité de notre profession. C’est donc aux hauts responsables de la profession de faire attention au respect de conditions qui doivent permettre de garantir la qualité de la prestation »

- Quelles sont ces conditions qui garantissent le respect de la profession ?

20 heures de formation. Oui, le Conseil National des Barreaux voudrait juste imposer une formation de 20 heures de déontologie et de règlementation professionnelle. En fait, l'accès dérogatoire à la profession d'avocat existe déjà pour les politiques.

Mais jusqu'à présent, tout se négociait dans le huis clos des réunions du puissant Conseil de l'Ordre. Il y a, à Paris, une centaine de personnalités inscrites au barreau. Et certaines comme Frédéric Lefevre, Jean Glavany ou Noël Mamère, ont bénéficié d'une grande indulgence pour avoir le droit de prêter serment.

D'autres, même, n'ont pas réussi àconvaincre le Conseil comme Julien Dray ou Dominique Bussereau, invité à retenter sa chance un peu plus tard.

C'est donc ce pouvoir d'autoriser ou pas les politiques à intégrer le barreau qui en jeu. Mais globalement, que l'on se rassure, la profession d'avocat restera grand ouverte aux candidats les plus prestigieux. On en reparlera après les élections.

Une chronique deJean-Philippe Deniau

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