Tout est parti d'un livre publié le mois dernier en Belgique, livre polémique de Bruno Dayez, l'avocat de Marc Dutroux.

Marc Dutroux, pour les plus jeunes, c'est l'une des affaires les plus horribles des années 90. Il est jugé avec sa femme pour les enlèvements, séquestrations et viols de six jeunes filles, dont quatre qu'il va tuer. En 2004, Marc Dutroux est condamné à la perpétuité, Michèle Martin, à 30 années de réclusion, elle bénéficiera d'une libération conditionnelle au bout de 16 ans de détention et réside désormais dans un couvent. Aujourd'hui donc, l'avocat de Marc Dutroux demande à ce que son client puisse bientôt bénéficier du même régime.  

Bruno Dayez n'est pas seulement un provocateur 

Il y a une part de provocation bien sûr, Bruno Dayez sait que la question de la libération de Dutroux est quasiment inaudible en Belgique, puisque l'affaire Dutroux est un véritable traumatisme judiciaire national. Les ratés de l'enquête avaient déjà provoqué une réforme complète du code pénal et la démission des deux ministres de la justice et de l'intérieur en 1998. La libération de Michele Martin en 2012 avait déclenché des mouvements de contestation. Alors aujourd'hui, le simple fait d'évoquer une possible remise en liberté de Marc Dutroux suscite déjà beaucoup de crispations, mais Bruno Dayez n'est pas seulement un provocateur. Il nous explique que sa démarche vise à faire réfléchir d'abord sur les conditions de détention de son client depuis 22 ans.  

La prison, c'est comme le trou noir du lavabo

En fait, Bruno Dayez s'empare du cas de son client aussi pour attirer l'attention sur le sens de la peine. Pour cet avocat, comme pour nombre de ses confrères, en Belgique comme en France, la détention n'a plus aucun sens au bout d'un certain temps. Et Maître Dayez fixe à 25 le nombre d'années de détention au-delà desquelles la prison détruit forcément.   Au-delà de 25 ans, "la détention devient une peine de mort déguisée", poursuit Bruno Dayez, comparant la prison au "trou noir du lavabo par lequel l'eau s'écoule, on l'évacue sans se soucier de ce qu'elle devient. A traiter les gens comme du bétail, il y a infiniment plus de risques de les rendre mauvais qu'à les convertir aux vertus d'une vie droite". Et Bruno Dayez conclut que "le discours sécuritaire triomphant depuis 40 ans tient d'une idéologie trompeuse, à laquelle le grand public est tellement accoutumé qu'il la tient pour vérité incontestable."  

"Pourquoi libérer Dutroux ?" est un ouvrage qui fait réfléchir.  C'est aux éditions Samsa.

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