Plongée dans une audience dite JEX, pour juge de l'exécution. Il s'occupe, entre autres, des expulsions de logement.

Devant le juge de l'exécution des peines
Devant le juge de l'exécution des peines © Radio France / Matthieu Boucheron

"Alors, est-ce que vous avez pu récupéré vos affaires ? " 

- Non parce qu'en fait, j'y ai été mais c'était compliqué et .... 

- Non, je vous demande si vous avez pu tout récupérer ?  

- Il reste des photos ..."  

Debout, presque collé à l'estrade, se tient un homme.  Expulsé de son logement, il a été ordonné qu'il puisse récupérer l'ensemble de ses affaires, mais ce n'est toujours pas le cas.  De l'autre côté du bureau de bois, celle qui préside l'audience cet après-midi là. Cheveux courts, blonds, lunettes rondes ... et un rire qui éclate souvent dans la salle. C'est à elle de statuer sur les décisions qui ne sont pas exécutées.   "Maintenant, monsieur, vous prenez rendez-vous et vous récupérez tout. Sinon, ce sera jeté", conclut-elle.  Avant d'appeler l'affaire suivante.   

"Qu'elle aille vivre avec sa fille!"

Une avocate se lève. A ses côté : une femme âgée, - épaules courbées, canne à la main -reste sur le banc.  "Alors, c'est un jugement d'expulsion,  une dame de 73 ans, des problèmes de santé ... et elle veut des délais supplémentaires", résume la présidente.   "Oui, elle a fait un AVC, a du diabète ... et surtout un cancer du sein", rebondit l'avocate. "Elle est retraitée, elle gagne 868 euros par mois. Elle a fait une demande de logement social depuis 2018 mais, il n'y a pas de proposition pour elle. Alors, nous, ce qu'on veut, c'est qu'elle ne se retrouve pas dehors du jour au lendemain ..."

Mais le bailleur ne l'entend pas de cette oreille. "C'était la fille de madame qui était locataire, plaide son avocate, et elle est partie vivre avec son époux et ses enfants en banlieue. Et bon, madame est certes malade, mais la situation ne va pas changer. Elle a déjà eu 18 mois de délais. Si elle est vraiment très malade, qu'elle aille vivre avec sa fille !", lance l'avocate.   "Les enfants vous savez ... c'est pas toujours facile", rétorque sa conseur. "Jugement le 17 février", coupe la présidente.  

"Allez voir votre assistante sociale"

Et voilà déjà le dossier suivant. Cette fois, pas de robe noire. Mais deux hommes.  "Il est dans le logement depuis 1997, il ne fait rien", s'agace le premier, propriétaire des lieux.  "On ne peut pas y accéder. Il y a des fuites. C'est insupportable".  Dans un français rudimentaire, l'autre tente : "Je cherche un logement depuis ..."  Depuis 2016", coupe la présidente. "Monsieur, le juge vous a expulsé. Il faut vraiment faire quelque chose, ça ne peut pas durer éternellement. Allez voir votre assistante sociale."  

"Maman paie l'électricité ..."

Les dossiers s'enchaînent, la salle se vide. Mais il y a toujours ces deux hommes, en costume, qui discutent vivement. L'un deux désigne discrètement le banc derrière eux : "ils sont là", dit-il.  Ca y est c'est à eux.  Un nom à double particule et un dossier sur fond de bataille de succession, avec plusieurs logements.  On apprend qu'ils sont frères et c'est l'aîné, Stanislas, qui fait l'objet d'une décision d'expulsion. "J'ai 40 ans, je cherche un travail. J'ai fait une demande de logement social, mais de toute façon, ça ne sert à rien ...", explique-t-il, désabusé.   "Vous payez quelque chose?" interroge la présidente. 

- Non. Maman paie l'électricité, les charges." 

"J'ai fait un proposition d'indemnisation d'occupation", intervient son petit frère, "mais elle a été refusé". 

Et il poursuit : "nous vous demandons d'accorder le délai maximum. Et puis, de toute façon, nous resterons dans les lieux jusqu'au partage de l'indivision successorale.   "Et votre maman, elle ne peut pas vous loger ? Elle a quoi comme appartement ?", interroge la présidente.  "Euh ... l'appartement familial ... Mais ces logements là sont inoccupés. Ils ne pourront pas être vendues ni loués jusqu'à la convention de partage ... donc c'est quand même dommage, insiste Stanislas.  Les deux frères repartent. Ils auront, eux aussi, leur réponse, le 17 février.

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